En République démocratique du Congo, un Fonds de réparation des victimes (FRIVAO) recueille l’argent versé par l’Ouganda pour indemniser les victimes de ses activités illégales sur le sol congolais, en application d’un arrêt de la Cour internationale de justice. Un argent doublement sensible : public, et destiné à des victimes de guerre. C’est précisément ce fonds qui se retrouve au cœur d’un scandale d’État.

Le 16 avril 2025, un ordre de paiement signé du ministre de la Justice Constant Mutamba transfère 19,9 millions de dollars du compte du FRIVAO vers un compte différent de celui prévu au contrat signé deux jours plus tôt avec la société Zion Construction SARL, censée bâtir une prison à Kisangani. La transaction est repérée le jour même par la Cenaref, la cellule de renseignement financier.

😏 Côté cynique
Détourner de l’argent public, c’est déjà une spécialité courante. Détourner le fonds destiné aux victimes d’une guerre pour, officiellement, construire une prison : voilà un sens du symbole rare. Restait à savoir qui finirait derrière les barreaux — et, sur ce point, le dossier a fini par trancher.

Une société sans bureau, sans personnel, sans garantie

Selon l’accusation, Zion Construction présentait toutes les caractéristiques d’une coquille : pas de siège réel, pas de personnel, aucune garantie bancaire. Le parquet reproche aussi à Mutamba une procédure de gré à gré, l’exclusion de services techniques et juridiques, et l’exécution du contrat sans avis de non-objection. La défense, elle, plaide la régularité et un procès politique ; Mutamba assure que « les 19 millions sont toujours à la banque » — le compte de Zion Construction étant gelé par la Cenaref.

Poussé à la démission en juin 2025, l’ancien ministre est jugé par la Cour de cassation de Kinshasa. Le 2 septembre 2025, le verdict tombe : coupable de détournement de deniers publics, trois ans de travaux forcés (généralement convertis en prison) et cinq ans d’inéligibilité et de privation de droits civiques. La Cour de cassation jugeant en premier et dernier ressort, aucun appel n’est possible. Le parquet avait requis dix ans.

😏 Côté cynique
Le ministre de la Justice condamné par la justice qu’il dirigeait : la boucle a quelque chose de vertigineux. Mutamba voulait construire une prison ; il aura au moins prouvé que le pays savait en faire fonctionner une. La réparation des victimes, elle, attend toujours son virement — le bon, cette fois.

Ce qu'il faut retenir

  • 19,9 M$ du FRIVAO (fonds des victimes, payé par l’Ouganda) virés le 16 avril 2025 vers un compte non prévu au contrat.
  • Bénéficiaire : Zion Construction SARL, censée bâtir une prison à Kisangani, jugée « fictive » par le parquet.
  • Transaction détectée le jour même par la Cenaref ; compte gelé.
  • Démission de Mutamba en juin 2025 ; condamnation le 2 septembre 2025 (Cour de cassation).
  • Peine : 3 ans de travaux forcés, 5 ans d’inéligibilité ; pas d’appel. Mutamba dénonce un procès politique.

Verdict Magouilles & Compagnie

Magouille ou calomnie ? Une condamnation définitive d’un côté, un ex-ministre qui crie au complot de l’autre. Verdict : l’argent des victimes de guerre n’aurait jamais dû servir de variable d’ajustement. Qu’on retienne la version du tribunal ou celle de l’accusé, le constat reste le même : à Kinshasa comme ailleurs, le fonds censé réparer le passé finit trop souvent par alimenter le scandale du présent.