Précaution éditoriale. À ce stade, l’information principale repose sur Scoop RDC, reprise par Ouragan, et évoque des conclusions de rapport interne ayant fuité. Il ne s’agit pas encore d’une décision judiciaire, ni d’un communiqué institutionnel complet de l’Assemblée nationale. Les chiffres doivent donc être présentés comme rapportés par ces sources, même si le problème général des agents fictifs dans la fonction publique congolaise est, lui, largement documenté par d’autres médias et déclarations publiques.

1. Le contrôle physique qui réveille les morts administratifs

Selon Scoop RDC, le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, aurait décidé la mise en place d’une commission chargée du contrôle physique de tous les administratifs. L’objectif était simple : vérifier qui existe vraiment, qui travaille vraiment, et qui se contente d’exister merveilleusement sur une ligne de paie.

Les conclusions, d’après le média congolais, seraient “alarmantes” : près de 600 agents et cadres fictifs auraient été identifiés. La question posée par Scoop RDC est directe : d’où viennent ces faussaires ? Et surtout, comment un tel volume de rémunérations peut-il traverser les circuits administratifs sans que personne ne trouve étrange que les bureaux soient moins peuplés que les fichiers Excel ?

Ouragan, qui reprend l’information, évoque une “vaste escroquerie” révélée à la Chambre basse du Parlement. Selon le récit disponible, ces personnes auraient touché chaque mois des sommes importantes, pendant que de vrais agents et membres de cabinets se plaignaient de difficultés de paiement ou de traitement bancaire. Là encore, le décor est parfait : les vivants attendent leur salaire, les fantômes passent à la caisse.

2. Des salaires de 5 à 20 millions FC : les spectres avaient le sens du confort

Scoop RDC avance que certains profils fictifs auraient touché 5 millions de francs congolais par mois, d’autres 10 millions, et d’autres encore jusqu’à 20 millions. Si ces montants sont confirmés, la fraude ne relèverait pas de la petite erreur administrative oubliée dans un placard poussiéreux. On parlerait d’un système de prélèvement mensuel organisé, durable, probablement connu d’un nombre non négligeable d’intermédiaires.

Il reste à établir qui a créé ces identités, qui les a validées, qui a autorisé les paiements, qui encaissait réellement, et qui avait intérêt à laisser les rideaux tirés. Car un agent fictif ne naît pas spontanément comme un champignon après la pluie. Il faut un fichier, un circuit, une validation, un compte, une protection ou au minimum une négligence obstinée. La bureaucratie produit rarement des fantômes par accident. Elle les héberge, les nourrit, puis s’étonne qu’ils aient pris pension complète.

3. Le problème n’est pas isolé : la fonction publique congolaise connaît déjà ses revenants

Le dossier de l’Assemblée nationale s’inscrit dans un contexte plus large. Radio Okapi rapportait le 15 mai 2026 que plus d’un million d’agents de l’État étaient rémunérés sur plus de deux millions recensés en 2025 en RDC. Le 23 mars 2026, le même média indiquait qu’environ 19 milliards de dollars avaient été dépensés entre 2021 et 2025 pour la paie des agents publics, dans un contexte de dérives persistantes et d’audits annoncés.

Actualite.cd rapportait également fin mai 2026 les chiffres de la fonction publique : plus de 677 000 agents certifiés et plus de 180 000 nouvelles unités recensées dans le cadre des réformes. Mediacongo et d’autres médias ont relayé l’engagement du vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, de lutter contre le phénomène des agents fictifs. Autrement dit, le sujet n’est pas une rumeur de couloir. C’est une pathologie administrative identifiée, diagnostiquée, commentée, et visiblement toujours en traitement long.

Le cœur du scandale

Si les conclusions rapportées par Scoop RDC sont confirmées, le dossier ne se limite pas à 600 noms de trop. Il révèle une question plus grave : comment les institutions censées voter, contrôler et suivre l’utilisation de l’argent public peuvent-elles elles-mêmes abriter des mécanismes présumés de paie fictive ? Quand le Parlement devient un terrain de chasse aux fantômes administratifs, le contrôle démocratique prend une légère odeur de grenier humide.

4. Les cabinets sacrifiés, les fantômes servis

Le titre de Scoop RDC insiste sur un contraste politiquement explosif : les membres des cabinets des membres du Bureau seraient “sacrifiés”, notamment dans le contexte de paiements non bancarisés ou de traitements différés, pendant que des agents présumés fictifs auraient continué à percevoir des montants conséquents. Si cette hiérarchie de paiement est exacte, elle résume à elle seule le génie de certains systèmes : quand l’administration manque d’argent, elle commence par oublier les vrais.

Le problème n’est pas seulement financier. Il est moral et institutionnel. Chaque franc versé à un agent inexistant est un franc qui ne finance ni un service réel, ni un salarié réel, ni un contrôle réel. Et dans une institution parlementaire, l’affaire prend une dimension presque pédagogique : ceux qui doivent incarner l’État de droit se retrouvent à devoir démontrer qu’ils savent déjà compter les personnes présentes dans leur propre maison.

5. Qui pouvait savoir ? La question qui dérange toujours

Le réflexe habituel, dans ce type d’affaire, consiste à découvrir soudainement que personne ne savait rien. Les fichiers étaient complexes, les procédures anciennes, les validations fragmentées, les responsabilités diluées. C’est la grande spécialité des systèmes opaques : au moment de payer, tout le monde sait où signer ; au moment d’expliquer, tout le monde découvre que la chaîne était mystérieuse.

La suite devrait donc répondre à plusieurs questions simples. Depuis quand ces agents fictifs figuraient-ils dans les fichiers ? Qui les a introduits ? Sur quels comptes les salaires étaient-ils versés ? Des membres de l’administration ou des responsables politiques ont-ils couvert le mécanisme ? Une transmission à la justice est-elle prévue ? Et surtout : l’Assemblée publiera-t-elle le rapport intégral ou seulement les morceaux compatibles avec la température politique du moment ?

Ce qu’on sait

  • Scoop RDC affirme qu’un contrôle physique à l’Assemblée nationale aurait identifié près de 600 agents et cadres fictifs.
  • Ouragan a repris l’information en parlant d’une vaste escroquerie à la Chambre basse.
  • Les montants rapportés par Scoop RDC vont de 5 à 20 millions de francs congolais par mois pour certains profils présumés fictifs.
  • La RDC connaît plus largement un problème documenté d’agents fictifs et de dérives de la paie publique.
  • Jean-Pierre Lihau, vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique, a publiquement évoqué la nécessité de mettre fin au phénomène des agents fictifs.

Ce qu’on ne sait pas encore

  • Si le rapport complet de la commission de contrôle sera publié officiellement.
  • L’identité des bénéficiaires réels des paiements attribués aux profils fictifs.
  • La durée exacte du mécanisme présumé.
  • Le montant total détourné ou indûment payé, si les faits sont confirmés.
  • Les suites disciplinaires, administratives ou judiciaires qui seront engagées.

6. Version cynique

Il y a quelque chose de presque artistique dans l’agent fictif. Il ne vient jamais au bureau, ne demande jamais de chaise, ne tombe jamais malade, ne conteste jamais ses horaires, ne réclame pas de pause déjeuner. En revanche, il perçoit son salaire avec une régularité qui ferait rougir un fonctionnaire modèle. C’est l’employé idéal pour les systèmes corrompus : invisible au travail, très présent à la paie.

À l’Assemblée nationale de RDC, si les révélations de Scoop RDC sont confirmées, on aurait donc réussi à transformer la représentation nationale en pensionnat pour fantômes rémunérés. Le peuple élit des députés, l’institution vote des budgets, les vrais agents attendent parfois leur dû, et quelque part dans les fichiers, des noms sans corps continuent de siphonner la caisse avec la discrétion d’un esprit frappeur sous perfusion bancaire.

Le plus cynique n’est même pas l’existence présumée de ces 600 agents fictifs. Le plus cynique, c’est que leur découverte puisse être présentée comme une grande surprise. Dans beaucoup d’administrations, les fantômes ne hantent pas les bâtiments. Ils habitent les fichiers de paie, fréquentent les validations internes, et ne disparaissent que lorsqu’un contrôle physique oblige enfin les morts-vivants budgétaires à montrer leur badge.

7. Verdict Magouilles & Compagnie

Magouille ou calomnie ? À ce stade, magouille présumée, à confirmer par publication officielle du rapport et suites judiciaires. Les sources disponibles sont sérieuses comme signaux d’alerte, mais encore insuffisantes pour transformer chaque nom évoqué en culpabilité judiciaire. En revanche, le contexte national des agents fictifs est suffisamment documenté pour comprendre que le problème dépasse la simple anecdote parlementaire.

Verdict provisoire : si les chiffres sont confirmés, on ne parle pas d’une erreur de fichier, mais d’un système de rente sur argent public. Le genre de système où les vrais citoyens paient, les vrais agents attendent, les vrais responsables expliquent qu’ils vont enquêter, et les faux employés, eux, ont déjà touché.