Il y a une justice poétique à voir l'ancien percepteur en chef d'un pays poursuivi pour avoir, dit-on, mal compté. En Guinée, Aboubacar Makhissa Camara, ex-directeur général des Impôts sous le régime d'Alpha Condé, est jugé devant la CRIEF pour détournement de fonds publics, corruption, enrichissement illicite et blanchiment. Celui qui réclamait l'impôt aux autres doit aujourd'hui s'expliquer sur ce qu'il a fait de la caisse.
Le procès s'est ouvert en janvier 2026. L'agent judiciaire de l'État l'a résumé sans détour : « des fonds importants de l'État ont été détournés ». Le montant exact, lui, reste à établir — et c'est précisément là que la machine judiciaire s'enraye.
Un procès qui patine, faute de réponses
Audience après audience, le dossier a été renvoyé : les banques et les services fonciers tardent à transmettre les informations sur les comptes et le patrimoine du prévenu. Difficile de chiffrer un enrichissement quand ceux qui détiennent les relevés gardent le silence. La lutte anticorruption se heurte ici à un mur très ordinaire : l'inertie administrative, qui protège souvent mieux qu'un avocat.
Quoi de plus logique qu'un ex-patron des impôts dont on n'arrive pas à obtenir les relevés bancaires ? L'homme connaissait mieux que quiconque l'art de faire circuler — ou de faire dormir — l'information financière. La justice guinéenne réclame des chiffres ; les banques répondent par le silence. À ce rythme, le seul à maîtriser parfaitement le calendrier, c'est le prévenu.
Jugé en son absence
Car il manque un invité de marque à son propre procès : Makhissa Camara lui-même. Hors du territoire depuis la prise de pouvoir du CNRD, il est déclaré en fuite par la CRIEF, qui a émis un mandat d'arrêt. Sa défense plaide une absence « pour raisons de santé », pas une cavale. La nuance change le récit, pas la chaise vide.
La fuite, dans ces dossiers, est presque une stratégie procédurale : on laisse le pays juger un fauteuil pendant qu'on soigne sa « santé » à l'étranger, de préférence là où l'extradition est lente et le climat clément. L'ex-DG des impôts aura au moins appliqué à lui-même le principe qu'il faisait respecter aux autres : ne jamais payer comptant ce qu'on peut reporter.
Ce qu'il faut retenir
- Aboubacar Makhissa Camara, ex-DG des Impôts (régime Alpha Condé), jugé par la CRIEF.
- Chefs : détournement de fonds publics, corruption, enrichissement illicite, blanchiment.
- Procès ouvert en janvier 2026, renvoyé plusieurs fois (banques et services fonciers peu coopératifs).
- Prévenu en fuite (mandat d'arrêt) ; la défense invoque des raisons de santé.
- Montant exact non établi ; présomption d'innocence.
Verdict Magouilles & Compagnie
Magouille ou calomnie ? L'État affirme que des fonds importants ont disparu ; encore faut-il les chiffrer et juger un homme présent. Verdict provisoire : accusation lourde contre l'ancien percepteur en chef, dossier ralenti par les silences bancaires, prévenu introuvable. Quand celui qui tenait les impôts s'évapore avec ses relevés, la première recette à recouvrer, c'est la vérité.
⚖ Votre verdict Live
Selon vous, ce dossier relève-t-il de la magouille — ou de la calomnie ?
📚 Nos sources
- Guinée360 — « Le procès de l'ancien DG des Impôts s'ouvre »
- Mediaguinée — « L'affaire Makhissa bloquée par le silence des banques et des services fonciers »
- Guinée360 — « Il est en fuite et doit être recherché »
❓ Questions fréquentes
Qui est Aboubacar Makhissa Camara ?
L'ancien directeur général des Impôts de Guinée sous le régime d'Alpha Condé, jugé par la CRIEF pour détournement de fonds publics, corruption, enrichissement illicite et blanchiment.
Pourquoi le procès traîne-t-il ?
Parce que les banques et les services fonciers tardent à fournir les informations sur les comptes et le patrimoine du prévenu, ce qui empêche de chiffrer précisément les faits.
Où est le prévenu ?
Hors du pays depuis la prise de pouvoir du CNRD, il est déclaré en fuite par la CRIEF, qui a émis un mandat d'arrêt ; sa défense évoque des raisons de santé.
Cet article est-il une vraie information ?
C'est de la satire factuelle, fondée sur la presse guinéenne. Présomption d'innocence respectée.
