Il y a une ironie particulière à voir le gardien suprême de la Constitution comparaître pour la gestion de ses propres comptes. En Guinée, Mohamed Lamine Bangoura, ancien président de la Cour constitutionnelle, est jugé devant la CRIEF dans l'affaire dite des 20 milliards de francs guinéens. Détenu à Conakry depuis fin 2022, il a vu sa demande de liberté provisoire rejetée, puis son procès entrer dans sa phase décisive.

Le 10-11 juin 2026, le ministère public a requis dix ans de prison ferme, une amende de 50 milliards de francs guinéens et la confiscation de l'ensemble des biens des prévenus. À ses côtés sur le banc : Amadou Diallo, ancien vice-président de la Cour, et Sidiki Sylla, ex-directeur administratif et financier de l'institution. Les chefs : détournement de fonds publics, corruption, enrichissement illicite, blanchiment et complicité.

😏 Côté cynique
Une Cour constitutionnelle est censée vérifier que tout le monde respecte les règles ; il était logique qu'un jour on vérifie aussi les siennes. Le symbole est cinglant : l'institution qui valide les élections et tranche les litiges de pouvoir se retrouve, par son ancien président, soupçonnée d'avoir confondu le budget de la justice avec une ligne de crédit personnelle. Difficile de plaider l'erreur de droit quand on présidait précisément le tribunal du droit.

« Je n'ai rien détourné »

Bangoura, lui, conteste en bloc. « Je n'ai rien détourné », a-t-il martelé, rejetant notamment les accusations du greffier de l'institution et renvoyant la responsabilité de la gestion des fonds vers d'autres rouages. Jugé, en somme, par le système qu'il a longtemps dominé, l'ancien président joue sa défense sur un terrain qu'il connaît bien : la procédure.

À ce stade, rien n'est jugé : il s'agit de réquisitions, et le verdict est attendu le 27 juin 2026. La présomption d'innocence s'applique pleinement, y compris pour un ancien plus haut magistrat constitutionnel.

😏 Côté cynique
Trois ans de détention provisoire avant un verdict : la justice guinéenne rappelle que, dans ce genre de dossier, la lenteur est parfois une peine en soi. Pour 20 milliards présumés, l'ex-gardien de la Constitution aura eu le temps de méditer, depuis sa cellule, sur l'article qui n'existe dans aucune Constitution : celui qui interdit de se servir.

Ce qu'il faut retenir

  • Mohamed Lamine Bangoura, ex-président de la Cour constitutionnelle de Guinée, jugé devant la CRIEF.
  • Affaire des 20 milliards GNF : détournement, corruption, enrichissement illicite, blanchiment.
  • Réquisitions : 10 ans ferme, 50 milliards GNF d'amende, confiscation des biens.
  • Co-prévenus : l'ex-vice-président Amadou Diallo et l'ex-DAF Sidiki Sylla.
  • Détenu depuis fin 2022 ; il conteste (« je n'ai rien détourné »). Verdict le 27 juin 2026.

Verdict Magouilles & Compagnie

Magouille ou calomnie ? Le parquet a frappé fort ; l'intéressé nie tout en bloc ; la CRIEF tranchera. Verdict provisoire : réquisitions sévères contre un ancien sommet de l'État, accusation contestée, jugement à venir. Et une leçon institutionnelle : une Constitution protège mal contre la tentation de piocher dans la caisse — il y faut des comptes, des contrôles, et un greffier qui parle.