Il y a des écarts comptables qu'on met sur le dos d'une virgule mal placée. Et puis il y a celui-ci : entre 2021 et 2025, les autorités de Dubaï auraient déclaré avoir importé environ 44 tonnes d'or en provenance du Cameroun, quand les douanes camerounaises n'en auraient officiellement enregistré que 148 kilos. Soit un rapport d'à peu près 1 à 300 entre ce qui arrive et ce qui était censé partir.

C'est sur ce trou béant — chiffré à quelque 2 000 milliards de FCFA, plusieurs milliards d'euros — que se sont greffées des plaintes pénales qui auraient été déposées le 12 juin 2026 auprès du procureur de la République de Paris. Elles viseraient le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, et une vingtaine de hauts responsables de son régime, au nom de la compétence universelle — ce mécanisme qui permet à un juge d'un pays de se saisir de certains crimes commis ailleurs.

😏 Côté cynique
148 kilos déclarés, 44 tonnes réceptionnées à l'autre bout : à ce niveau-là, ce n'est plus de la contrebande, c'est un tour de magie logistique. Le plus fort, c'est que l'or, lui, aurait voyagé à découvert — selon la presse, sous le label de la Présidence de la République. Discret comme un lingot dans une soute diplomatique.

Une plainte qui ratisse large

L'initiative reviendrait à Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre devenu candidat à la présidentielle d'octobre 2025 puis opposant en exil. Au-delà de Paul Biya, les plaintes nommeraient plusieurs piliers du régime — parmi lesquels Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, Paul Atanga Nji, ministre de l'Administration territoriale, et Joseph Beti Assomo, en charge de la Défense — ainsi que des responsables des forces de sécurité.

Le volet judiciaire ne se limiterait pas aux questions financières : il porterait aussi sur des accusations graves de meurtres, détentions arbitraires, torture et exécutions extrajudiciaires, dans le contexte tendu de l'après-présidentielle. Le détournement présumé des ressources — l'or, mais aussi, selon l'opposition, le pétrole et le bois — formerait l'arrière-plan financier du dossier.

😏 Côté cynique
Déposer plainte à Paris contre le pouvoir de Yaoundé, c'est un peu envoyer la facture chez l'ancien propriétaire de la maison. Reste que la compétence universelle n'est pas une baguette magique : entre l'immunité d'un chef d'État en exercice et la difficulté de réunir les preuves à 6 000 kilomètres, le chemin du prétoire est aussi long qu'une cargaison d'or est rapide.

Ce qu'il faut retenir

  • Des plaintes pénales auraient été déposées le 12 juin 2026 au parquet de Paris (compétence universelle) contre Paul Biya et une vingtaine de responsables.
  • En toile de fond : entre 2021 et 2025, 44 tonnes d'or auraient été reçues par Dubaï, contre 148 kilos déclarés à l'export par les douanes camerounaises.
  • Manque à gagner estimé : environ 2 000 milliards de FCFA (plusieurs milliards d'euros).
  • L'or serait sorti via les aéroports de Douala et Yaoundé, selon la presse sous label officiel.
  • Volet pénal large (crimes présumés contre des personnes) ; aucune condamnation à ce stade, présomption d'innocence.

Verdict Magouilles & Compagnie

Magouille ou calomnie ? Tant qu'aucun juge n'a tranché, on s'en tient à l'arithmétique — et l'arithmétique, ici, fait un drôle de bruit. Verdict provisoire : un pays qui exporte officiellement de quoi remplir une mallette, et dont l'or atterrit par tonnes à l'autre bout du monde. Le régime dénonce une manœuvre politique d'un opposant en exil ; les plaignants, eux, attendent qu'un juge parisien veuille bien soupeser les lingots. En attendant, le compteur, lui, ne pèse que ce qui se déclare.