Donald Trump n'a jamais eu une relation très silencieuse avec les procédures judiciaires — surtout lorsqu'elles concernent ses alliés politiques. En juin 2025, le 47e président des États-Unis a publié, sur son réseau Truth Social, un appel direct à l'annulation du procès pour corruption de Benjamin Netanyahu, ou — à défaut — à une grâce présidentielle. Quelques semaines plus tard, il a écrit officiellement au président israélien Isaac Herzog pour soutenir une demande de pardon.

Dans la diplomatie classique, on appelle ce type d'intervention « inhabituelle ». Dans la méthode Trump, c'est presque un communiqué de voisinage : « arrêtez ce procès, c'est mon ami ». Sur le fond comme sur la forme, l'intervention pose une question simple : un chef d'État étranger peut-il, sans conséquence diplomatique, intervenir publiquement dans une procédure pénale en cours dans une autre démocratie ?

😏 Côté cynique
La séparation des pouvoirs, c'est l'un de ces principes que tout le monde aime sur le papier — et que personne ne défend vraiment quand il s'agit d'un allié politique gênant à protéger.

Le procès Netanyahu, en bref

Le procès de Benjamin Netanyahu a commencé en mai 2020 et continue depuis plusieurs années devant le tribunal de district de Jérusalem. Le Premier ministre israélien est poursuivi dans trois dossiers distincts :

  • Affaire 1000 : cadeaux de luxe (cigares, champagne, bijoux) d'une valeur estimée à plusieurs centaines de milliers de dollars, reçus de milliardaires (notamment Arnon Milchan et James Packer). Qualification : fraude et abus de confiance.
  • Affaire 2000 : discussions enregistrées avec l'éditeur du quotidien Yedioth Ahronoth (Arnon Mozes) visant à obtenir une couverture médiatique plus favorable en échange d'une restriction des concurrents. Qualification : fraude et abus de confiance.
  • Affaire 4000 : la plus grave. Soupçons d'avantages réglementaires accordés à un opérateur télécom (Bezeq), en échange d'une couverture médiatique plus favorable sur le site Walla. Qualification : corruption, fraude et abus de confiance.

Netanyahu nie toutes les accusations et affirme depuis 2020 être victime d'une « chasse aux sorcières » — formule presque identique à celle utilisée par Trump dans ses propres procédures américaines, ce qui n'est probablement pas un hasard.

L'intervention Trump : forme et fond

Selon Reuters et Times of Israel, le message Truth Social du 28 juin 2025 appelle explicitement à « arrêter ce procès ridicule » ou, à défaut, à « garantir un pardon présidentiel » au Premier ministre israélien. Trump y qualifie Netanyahu de « great wartime leader » et présente le procès comme un obstacle à la « sécurité nationale d'Israël ».

Quelques semaines plus tard, une lettre officielle à Isaac Herzog (président israélien, et seul détenteur du pouvoir constitutionnel de grâce en Israël) appuie la même demande. Herzog n'a pas, à ce stade, répondu publiquement de manière définitive. Selon les médias israéliens, son entourage souligne que « la grâce ne peut être envisagée qu'après une condamnation » — ce qui exclut, à ce stade et en l'état du droit israélien, l'option d'une grâce préventive.

Trump et Netanyahu
Photo : Maison-Blanche via Wikimedia Commons — Donald Trump et Benjamin Netanyahu lors d'une conférence de presse conjointe à la Maison-Blanche, septembre 2025. Trump a soutenu publiquement Netanyahu à plusieurs reprises depuis le début de son procès en mai 2020.

La réaction israélienne

L'intervention Trump a divisé la classe politique israélienne. Le camp Netanyahu, sans surprise, l'a saluée comme une « reconnaissance internationale » de la nature politique du procès. L'opposition (Yair Lapid, Benny Gantz, Yair Golan) l'a dénoncée comme une « ingérence intolérable » dans le fonctionnement des institutions israéliennes.

Plusieurs juristes israéliens, dont d'anciens présidents de la Cour suprême, ont publié des tribunes rappelant que la séparation des pouvoirs en Israël ne supporte pas l'intervention d'un chef d'État étranger, fût-il l'allié principal. Le procureur général israélien a, dans un communiqué relativement bref, indiqué que « la justice israélienne ne se conduira pas sous influence extérieure ».

Le précédent : Trump et la justice américaine

L'intervention de Trump dans le dossier Netanyahu est d'autant plus chargée que Trump lui-même a, depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, multiplié les actions visant à réduire les procédures pénales contre lui : nomination de procureurs généraux favorables, grâce à des alliés condamnés, pression sur le département de la Justice, attaques publiques contre les juges. Sa lecture du système judiciaire — « partisan, malveillant, ciblé » — est devenue un élément structurant de sa politique intérieure.

Que Trump étende cette doctrine à un allié étranger n'est, intellectuellement, pas surprenant. Sur le plan diplomatique, en revanche, c'est un précédent significatif : une doctrine de l'ingérence pro-allié dans les procédures judiciaires d'États tiers. Les conséquences à moyen terme — pour les relations entre démocraties — restent à mesurer.

😏 Côté cynique
« Mon ami est jugé chez vous, arrêtez ça » est une formulation diplomatique qui, jusqu'à présent, n'avait jamais été utilisée par un président américain. C'est nouveau, c'est franc, c'est très Trump.

Ce qu'il faut retenir

Le procès de Benjamin Netanyahu reste en cours à fin 2026 — plus de six ans après son ouverture. Netanyahu nie les accusations et bénéficie de la présomption d'innocence dans toutes les procédures non encore définitivement tranchées. Les éléments factuels relatifs à l'intervention Trump (posts Truth Social, lettre à Herzog) sont publics. Le président Herzog n'a, à ce stade, pas accordé de grâce.

Au-delà du cas individuel, l'épisode pose une question structurelle inédite : dans une époque où le multilatéralisme institutionnel s'érode et où les relations bilatérales reposent de plus en plus sur des liens personnels entre dirigeants, jusqu'où ces liens peuvent-ils écraser les procédures démocratiques internes des États alliés ? L'intervention Trump-Netanyahu n'apporte pas la réponse — mais elle pose, brutalement, la question.