Il y a un genre littéraire très particulier en Suisse : les communiqués de la FINMA. Toujours sobres, toujours précis, toujours rédigés dans cette langue administrative helvétique qui parvient à dire « cette banque a violé la loi » avec la même intonation qu'un horaire de train. Le dernier en date concerne Pictet, et il dit, en substance, que la banque a « gravement violé » ses obligations en matière de lutte contre le blanchiment d'argent.
Selon la FINMA, le dossier porte sur l'activité de gestion de fortune de Pictet entre 2008 et 2019. L'autorité de surveillance a constaté que la banque n'avait pas suffisamment clarifié l'origine de certains fonds, n'avait pas identifié correctement les ayants droit économiques dans plusieurs relations d'affaires, et avait conservé en portefeuille des clients politiquement exposés (PEP) pour lesquels les contrôles renforcés exigés par la loi suisse sur le blanchiment (LBA) n'avaient pas été pleinement appliqués.
« Identification de l'ayant droit économique » est une formule qui veut dire, en langue normale : « savoir qui est, vraiment, le client derrière le compte ». Quand ça pose problème en 2026, c'est qu'on n'a pas vraiment essayé en 2008.
La mécanique exacte
La FINMA précise dans son communiqué que les manquements concernent principalement des dossiers liés à un schéma de fraude fiscale impliquant un ancien client institutionnel et plusieurs comptes liés à des fonds d'investissement dont l'origine des avoirs n'avait pas été clairement documentée. La banque aurait poursuivi la relation d'affaires malgré des alertes internes émanant du département conformité.
Ce n'est pas la première fois que Pictet est confrontée à ce type de dossier. En 2023, la banque avait déjà conclu un accord avec le département de la Justice américain (DOJ) — un deferred prosecution agreement à 122,9 millions de dollars — pour clore des soupçons d'aide à l'évasion fiscale de clients américains. Le dossier actuel n'est pas identique mais relève d'une même logique : contrôles internes insuffisants sur l'origine des fonds.
La sanction concrète
La FINMA n'a pas le pouvoir d'infliger des amendes pénales — c'est une autorité administrative. Mais elle peut confisquer les profits illégalement réalisés, ordonner des mesures correctives contraignantes, restreindre certaines activités, et — dans les cas graves — interdire d'exercer à des personnes physiques responsables.
Dans le cas Pictet, la FINMA a annoncé : (1) la nomination d'un auditeur indépendant chargé de vérifier la mise en œuvre des correctifs, (2) des restrictions temporaires sur certaines activités de banque privée transfrontalière, (3) une procédure individuelle ouverte contre plusieurs anciens responsables. Le montant exact de la confiscation n'a pas été rendu public — la FINMA s'en tient à sa pratique habituelle.
Pourquoi la place suisse n'arrive pas à tourner la page
Depuis l'effondrement du secret bancaire absolu en 2009 — sous la pression conjointe des États-Unis et de l'OCDE — la place financière suisse a passé quinze ans à essayer de se présenter comme « assainie ». Échange automatique d'informations, FATCA, due diligence renforcée, registres centralisés. Sur le papier, tout est en place. Dans les dossiers, les écarts persistent.
Le problème, soulignent plusieurs analystes financiers cités par la NZZ, n'est plus tellement la loi — qui est aujourd'hui parmi les plus strictes au monde. C'est l'application interne, dans des banques dont le modèle économique repose sur la gestion personnalisée de grandes fortunes, donc sur la discrétion. Et la discrétion, par construction, ralentit les contrôles.
Une banque privée suisse qui ne sait pas qui est vraiment son client, c'est un peu comme un caviste qui ne goûte jamais ses vins. C'est techniquement possible, mais ça pose des questions sur le métier.
La défense de Pictet
Pictet a publié un communiqué reconnaissant « certains manquements historiques » et soulignant qu'« un programme de mise à niveau de la conformité a été engagé depuis 2019 ». La banque conteste cependant le qualificatif de « grave » retenu par la FINMA et ne renonce pas à un éventuel recours.
C'est la réponse classique des grandes banques confrontées à une décision de leur régulateur : reconnaître l'historique, contester la gravité, valoriser les efforts récents. Le triptyque fonctionne médiatiquement ; juridiquement, il dépendra de la solidité du dossier d'instruction de la FINMA et de la jurisprudence du Tribunal administratif fédéral, devant lequel les décisions de la FINMA peuvent être contestées.
Ce qu'il faut retenir
La sanction prononcée par la FINMA est administrative, pas pénale. Pictet conserve sa licence bancaire et n'est pas poursuivie au pénal en Suisse à ce stade. La banque conteste partiellement la décision. Les éléments factuels — manquements LBA, clients PEP insuffisamment contrôlés, fonds d'origine non clarifiée — sont ceux retenus par l'autorité dans son communiqué public.
Au-delà du cas Pictet, ce dossier rejoint une longue série : Credit Suisse (avant l'absorption par UBS), Julius Bär, Rothschild, et d'autres. La banque privée suisse n'a pas terminé sa transition. Et la FINMA, qui a longtemps eu une réputation de « régulateur discret », semble désormais plus disposée à publier — ce qui change fondamentalement l'équation médiatique.
⚖ Votre verdict Live
Selon vous, ce dossier relève-t-il de la magouille — ou de la calomnie ?
📚 Nos sources
- FINMA — Communiqués de presse et décisions publiques
- NZZ — Pictet et la conformité : un dossier qui s'allonge
- Le Temps — La place financière suisse face à la FINMA
- US DOJ — Deferred prosecution agreement Pictet (2023)
❓ Questions fréquentes
Qu'est-ce que la FINMA ?
L'Autorité fédérale suisse de surveillance des marchés financiers. C'est l'équivalent suisse de l'ACPR/AMF en France ou de la BaFin en Allemagne. Elle surveille banques, assurances et infrastructures de marché.
Pictet a-t-elle été condamnée au pénal ?
Non, pas en Suisse à ce jour. La sanction est administrative. La banque avait toutefois conclu en 2023 un accord avec le département de la Justice américain pour 122,9 millions de dollars.
Qu'est-ce qu'un client politiquement exposé (PEP) ?
Une personne qui exerce ou a exercé une fonction publique importante (chef d'État, ministre, juge suprême, etc.), ou un membre de sa famille proche. La loi suisse exige des contrôles renforcés sur l'origine de leurs fonds.
Cet article est-il une vraie information ?
C'est de la satire factuelle. Les faits proviennent du communiqué de la FINMA, de la NZZ et du Temps. Le ton est satirique. Présomption d'innocence respectée pour les éléments non définitifs.
