Le scandale PFAS de Zwijndrecht commence à exploser médiatiquement en juin 2021, même si le problème, lui, est beaucoup plus ancien. Autour du site industriel de 3M, près d'Anvers, les analyses révèlent des concentrations très élevées de PFOS et d'autres substances perfluorées — ces composés chimiques surnommés « polluants éternels » parce qu'ils se dégradent extrêmement lentement dans l'environnement et s'accumulent dans les sols, l'eau, les organismes vivants et — accessoirement — dans les dossiers politiques qu'on préférerait refermer discrètement.
Le dossier éclate dans le contexte des travaux de l'Oosterweel, immense chantier de mobilité autour d'Anvers. Les terres excavées près du site de 3M contiennent, selon les analyses menées par l'Université d'Anvers et reprises par VRT NWS, des taux de PFOS dizaines à centaines de fois supérieurs aux normes de référence européennes. Le chantier est partiellement suspendu. Les autorités flamandes ouvrent une enquête de santé publique : prélèvements sanguins sur les habitants des quartiers riverains, contrôle des productions agricoles locales (œufs, légumes), restrictions sur la consommation d'aliments produits dans certains périmètres.
« Polluants éternels » dans le sol, responsabilités politiques très temporaires, mandats électoraux qui durent juste assez longtemps pour annoncer un plan et passer la patate chaude. C'est ce qu'on appelle l'asymétrie des temporalités.
Ce que 3M savait — et depuis quand
L'élément le plus accablant émerge progressivement à partir de juillet 2021 : selon des documents internes de 3M révélés par les médias flamands et internationaux, l'entreprise connaissait depuis plusieurs décennies les risques liés aux PFAS. Des études internes datant des années 1970 et 1980 documentaient déjà la persistance environnementale, la bioaccumulation et plusieurs effets toxiques potentiels sur la santé humaine — notamment cancer du rein, perturbations hormonales, baisse de fertilité, atteintes hépatiques.
3M a, dans ses communications publiques, contesté l'interprétation de ces documents et soutenu que les pratiques industrielles avaient été conformes aux réglementations en vigueur à chaque époque. C'est juridiquement défendable — les normes sur les PFAS sont restées très permissives jusqu'au début des années 2010. Mais cette défense rencontre une autre lecture : si l'entreprise connaissait les risques et que les régulations étaient trop laxistes, la responsabilité morale dépasse-t-elle l'application stricte des règles formelles ?
La commission d'enquête flamande
Le Parlement flamand a constitué une commission d'enquête en juillet 2021, dont les travaux ont duré plusieurs mois. Le rapport final, publié début 2022, a conclu à des défaillances multiples :
- Connaissance partielle de la pollution par les autorités régionales depuis les années 2000, sans information publique ni mesures de protection significatives.
- Coordination insuffisante entre les services environnementaux flamands, l'agence santé publique et les autorités locales.
- Absence de cadre réglementaire adapté aux PFAS — règles européennes en retard sur la connaissance scientifique.
- Communication tardive et fragmentée aux habitants des zones concernées.
Plusieurs responsables politiques ont été nommés dans le rapport. Aucun n'a fait l'objet de poursuites individuelles à ce stade. La responsabilité diffuse — caractéristique des dossiers environnementaux à long terme — a, comme souvent, dilué les sanctions politiques individuelles.
L'accord à 571 M€ (juillet 2022)
En juillet 2022, le gouvernement flamand et 3M ont conclu un accord qui prévoit le versement par l'entreprise d'environ 571 millions d'euros. Cette enveloppe couvre :
- Le financement d'opérations de dépollution dans les zones les plus contaminées.
- Le traitement des terres excavées du chantier Oosterweel.
- Des indemnisations pour les habitants directement touchés (résidents des zones de restriction alimentaire).
- Des contributions à la recherche scientifique sur les PFAS.
L'accord est, sur le plan budgétaire, l'un des plus importants jamais conclus avec une entreprise polluante en Europe occidentale. Sur le plan juridique, il a permis à 3M d'éviter — au moins en Belgique et sur ce dossier — des poursuites pénales ou civiles individuelles supplémentaires. Plusieurs associations de riverains ont dénoncé un montant insuffisant au regard des dommages cumulés sur plusieurs décennies, et engagé des procédures civiles complémentaires.
Le contexte plus large : les PFAS dans le monde
Le dossier Zwijndrecht n'est pas isolé. Aux États-Unis, 3M et DuPont ont conclu en juin 2023 un accord à environ 10,3 milliards de dollars avec plusieurs États pour solder des poursuites sur la contamination des eaux par les PFAS. En France, le bassin chimique de Pierre-Bénite (sud de Lyon) fait l'objet depuis 2022 d'enquêtes sur les rejets PFAS d'Arkema. En Allemagne, la rivière Hesselbach et plusieurs sites industriels sont sous surveillance renforcée.
Les PFAS sont, dans l'industrie chimique mondiale, ce que l'amiante a été dans la construction au XXe siècle : une famille de substances extrêmement utiles (emballages alimentaires, textiles, mousses anti-incendie, électronique, médical), largement utilisées pendant des décennies, et dont la toxicité a été progressivement reconnue trop tard pour éviter une contamination environnementale massive. L'UE a engagé en 2023 un processus de restriction globale des PFAS — qui se heurte aux résistances de l'industrie.
Quand on appelle une famille de substances « polluants éternels » et qu'on continue à les utiliser pendant cinquante ans après les premières alertes internes, on a un problème non pas chimique mais sémantique.
Ce qu'il faut retenir
Les éléments factuels (concentrations PFOS documentées par l'Université d'Anvers, commission d'enquête du Parlement flamand, accord 571 M€ en juillet 2022) sont publics et documentés par VRT NWS, De Standaard et Knack. 3M conteste partiellement les interprétations défavorables et a réglé l'essentiel du contentieux belge par voie transactionnelle, sans reconnaissance formelle de responsabilité pénale.
Au-delà du cas Zwijndrecht, le dossier illustre une dynamique structurelle : les polluants industriels persistants produisent leurs effets sur des décennies, mais la responsabilité juridique et politique reste organisée sur des cycles beaucoup plus courts (mandats électoraux, durée d'exposition réglementaire, prescription pénale). Cette asymétrie temporelle — connue depuis l'amiante, redécouverte avec les PFAS — est l'une des limites fondamentales du droit environnemental contemporain.
⚖ Votre verdict Live
Selon vous, ce dossier relève-t-il de la magouille — ou de la calomnie ?
📚 Nos sources
- VRT NWS — Couverture du dossier PFAS Zwijndrecht
- De Standaard — Suivi de l'enquête et de l'accord 571 M€
- Knack — Dossier PFAS Belgique
- ECHA — Restrictions européennes en cours sur les PFAS
❓ Questions fréquentes
Qu'est-ce que les PFAS ?
Une famille de plus de 10 000 substances chimiques perfluorées (PFOS, PFOA et leurs dérivés), utilisées depuis les années 1950 pour leurs propriétés anti-adhésives, hydrophobes et résistantes à la chaleur. Surnommées « polluants éternels » parce qu'elles se dégradent très lentement et s'accumulent dans l'environnement et les organismes vivants.
Que reproche-t-on à 3M ?
D'avoir opéré son site de Zwijndrecht avec des rejets PFAS importants pendant plusieurs décennies, alors que l'entreprise connaissait, selon des documents internes, les risques liés à ces substances depuis les années 1970-1980. La production locale de PFOS a cessé en 2002 mais les rejets historiques restent au cœur du dossier.
Quel est le contenu de l'accord 571 M€ ?
Financement de la dépollution des zones les plus contaminées, traitement des terres excavées du chantier Oosterweel, indemnisations des habitants des zones de restriction alimentaire, contributions à la recherche scientifique. L'accord, conclu en juillet 2022, a permis à 3M d'éviter des poursuites pénales individuelles supplémentaires en Belgique.
Cet article est-il une vraie information ?
C'est de la satire factuelle. Les faits proviennent de VRT NWS, De Standaard et Knack. Le ton est satirique. Présomption d'innocence respectée.
