Le scandale qui devait laver le Parlement européen de tout soupçon serait en train de se transformer en guerre de tranchées entre l'institution et la justice belge. Trois ans après l'éclatement du Qatargate, le Parlement contesterait désormais la manière dont les autorités belges conduisent les enquêtes pour corruption présumée visant des eurodéputés. Aucun jugement définitif n'a été rendu : les inculpés bénéficient de la présomption d'innocence.

Le symbole de ce bras de fer ? Le sort de Philippe Noppe, patron de l'OCDEFO (l'office central belge de lutte contre la délinquance économique et financière). Suspendu en début d'année pour de possibles violations du secret de l'instruction dans le dossier Qatargate, il aurait vu cette mise à l'écart annulée : après des mois de procédure, ses avocats auraient obtenu gain de cause. Un revers pour ceux qui voyaient dans sa suspension un aveu de dérapages.

😏 Côté cynique
Trois ans après avoir promis la transparence totale, le Parlement européen se découvre une passion pour la procédure : désormais, ce ne serait plus la corruption qui poserait problème, mais la façon dont la police belge en parle.

De la transparence promise au procès de la méthode

En décembre 2022, l'affaire avait fait l'effet d'une bombe : perquisitions, liasses de billets, mise en cause d'une vice-présidente du Parlement. Le scandale avait été présenté comme le déclencheur d'un grand ménage. Trois ans plus tard, le récit aurait changé d'angle : l'institution déplorerait que des députés soient « parfois injustement éclaboussés par des accusations prématurées ».

La présidente Roberta Metsola aurait ainsi annoncé une révision des règles de coopération avec la police belge. Officiellement, il s'agirait de protéger les droits de la défense et l'immunité parlementaire ; pour ses détracteurs, le risque serait d'ériger des obstacles sur le chemin des enquêteurs. Le Parlement, en somme, négocierait les conditions dans lesquelles on a le droit d'enquêter sur lui.

😏 Côté cynique
« Réviser les règles de coopération », c'est la formule diplomatique pour dire : la prochaine perquisition devra prendre rendez-vous.

Huit inculpés, des poursuites maintenues

Sur le fond, le dossier judiciaire, lui, avancerait. À la suite de perquisitions menées le 13 mars en Belgique et au Portugal, un juge d'instruction aurait inculpé huit personnes pour corruption active, blanchiment et participation à une organisation criminelle. La justice belge aurait confirmé que ces poursuites pouvaient se poursuivre.

Parmi les figures réapparues dans le dossier, l'ancien commissaire européen Dimitris Avramopoulos, déjà visé par un mandat d'arrêt belge dans le volet « Fight Impunity ». Le périmètre du Qatargate dépasserait donc le seul Parlement : il toucherait à un écosystème d'ONG, d'anciens responsables et d'influences présumées.

À ce stade, aucune condamnation définitive n'a été prononcée dans ce volet. Les personnes inculpées contestent les faits et bénéficient de la présomption d'innocence. Reste une question politique : une assemblée peut-elle, dans le même mouvement, réclamer l'exemplarité et encadrer la justice qui la vise ?

Ce qu'il faut retenir

  • Trois ans après le Qatargate, le Parlement européen contesterait l'action de la justice belge.
  • La suspension de Philippe Noppe (patron de l'OCDEFO) aurait été annulée.
  • Roberta Metsola réviserait les règles de coopération avec la police belge.
  • Après les perquisitions du 13 mars, huit personnes resteraient inculpées (corruption active, blanchiment, organisation criminelle).
  • Aucune condamnation définitive. Présomption d'innocence.

Verdict Magouilles & Compagnie

Magouille ou calomnie ? Il y a huit inculpations maintenues, un mandat d'arrêt et un dossier vivant ; il y a aussi une institution qui réécrit les règles du jeu en cours de partie. Verdict provisoire : un Parlement qui réclamait la lumière et installerait des stores — la justice belge dira si le ménage se fait, ou s'il se range au placard.