Au Népal, le passeport est censé ouvrir les frontières. Il vient surtout d'ouvrir un dossier judiciaire retentissant. Alors que la police a arrêté un ancien ministre des Finances dans une affaire de blanchiment, l'organe anticorruption a lancé des poursuites dans un scandale de passeports électroniques évalué à environ 66 millions de dollars.

Un ancien argentier derrière les barreaux

Selon The Manila Times, la police népalaise aurait arrêté un ancien ministre des Finances, Bishnu Paudel, dans une affaire de blanchiment d'argent. Il s'agirait de la dernière affaire en date visant un haut responsable depuis le soulèvement anticorruption qui, en septembre 2025, a fait tomber le gouvernement de KP Sharma Oli — parti dont Bishnu Paudel serait l'un des vice-présidents.

L'arrestation s'inscrirait dans une vague de mises en cause de responsables de l'ancien pouvoir, sur fond de demande populaire de transparence née des manifestations de 2025.

Le complexe de Singha Durbar à Katmandou.
Photo : Wikimedia Commons — Domaine public — Singha Durbar, cœur administratif du Népal, au centre des affaires en cours.

Le marché des passeports électroniques

En parallèle, d'après The Kathmandu Post, la Commission d'enquête sur les abus de pouvoir (CIAA) aurait déposé des poursuites contre dix-huit personnes — dont le chef du département des passeports — dans un marché de passeports biométriques. Le préjudice pour l'État est évalué à environ 10,13 milliards de roupies, soit près de 66 millions de dollars.

Parmi les personnes et entités visées figureraient dix responsables gouvernementaux, deux sociétés allemandes — Muehlbauer ID Services et Veridos GmbH, chargées d'imprimer les passeports — ainsi que des cadres et représentants locaux. Les enquêteurs soupçonneraient une manipulation des évaluations techniques et financières du contrat.

😏 Côté cynique
Un document censé prouver votre identité au monde entier, et dont le marché aurait surtout servi à brouiller celle de quelques signatures.

Deux dossiers, une même défiance

Blanchiment d'un côté, marché public suspect de l'autre : les deux affaires nourrissent le même climat de défiance envers l'ancienne classe dirigeante népalaise. Elles interviennent alors que le pays cherche à tourner la page d'un système jugé opaque.

Verdict Magouilles & Compagnie

Les personnes et sociétés mises en cause bénéficient de la présomption d'innocence, et la justice népalaise devra établir les responsabilités. Mais l'ironie demeure : dans un pays où obtenir un passeport relève parfois du parcours du combattant, c'est le contrat pour les fabriquer qui aura fait voyager le plus d'argent.