À La Réunion, l'affaire des emplois de cabinet de la Région ressemble à un feuilleton dont on aurait perdu la télécommande. Après une relaxe générale, un premier procès en appel avorté, un renvoi pour cause de grève des avocats et une série de désistements, Didier Robert, président du conseil régional de 2010 à 2021, est revenu devant la cour d'appel de Saint-Denis les 14, 15 et 16 octobre 2026. Avec, en face de lui, un parquet général qui n'a pas renoncé.
Un rappel s'impose, et il n'a rien d'une formalité : le 21 mai 2024, le tribunal correctionnel de Saint-Denis a relaxé Didier Robert et les dix autres prévenus. En droit, Didier Robert est donc présumé innocent dans ce dossier, et il le reste tant que la cour d'appel n'a pas statué, et au-delà en cas de pourvoi. L'appel du parquet remet les faits en débat ; il ne transforme pas un relaxé en coupable.
Le dossier : un cabinet très peuplé
L'affaire part d'un contrôle de la chambre régionale des comptes, qui signale les faits à la justice en 2022 après s'être étonnée du nombre élevé de chargés de mission recrutés au cabinet du président à partir de 2015, selon Outremers360. D'après Imaz Press, une vingtaine de collaborateurs auraient été embauchés, alors que la réglementation n'en autorise que six. L'enquête est confiée à l'OCLCIFF, l'office central spécialisé dans la corruption et la fraude fiscale.
L'accusation vise des faits de détournement de fonds publics et de prise illégale d'intérêts entre 2015 et 2021, les autres prévenus étant poursuivis pour complicité ou recel. Les salaires que l'accusation estime injustifiés approchent 1,6 million d'euros, selon Zinfos974.
En première instance, en mars 2024, le parquet avait requis contre Didier Robert un an de prison avec sursis, 50 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité. Le tribunal ne l'a pas suivi : selon lui, l'enquête n'avait pas permis d'établir que les agents concernés occupaient des emplois fictifs, et les éléments étaient insuffisants pour caractériser la prise illégale d'intérêts. Le parquet a fait appel dès le lendemain.
Six collaborateurs autorisés, une vingtaine recrutés : à la Région, le cabinet était moins un bureau qu'un écosystème.
Un appel qui a pris son temps
Le chemin vers l'audience a été sinueux. Un premier procès en appel, le 12 novembre 2025, tourne court à cause de l'apparition d'une autre enquête préliminaire, portant sur 166 autres emplois présumés fictifs et classée sans suite en 2020, absente du dossier jugé, rapporte Imaz Press. Le renvoi est fixé au 15 avril 2026 : nouvelle annulation, cette fois en raison de la grève totale des avocats du barreau de La Réunion, engagée contre un projet de réforme de la justice pénale. La cour fixe alors les dates des 14, 15 et 16 octobre.
Entre-temps, le banc des prévenus s'est vidé. Le 13 avril 2026, le parquet général se désiste de son appel pour quatre prévenus ; le 14 octobre, à l'ouverture des débats, il en ajoute un cinquième, selon Zinfos974 et Imaz Press. Ces cinq personnes voient ainsi leur relaxe devenir définitive. L'avocat de l'un d'eux envisage de demander réparation, estimant que la procédure a empêché son client de retrouver du travail. Restent six prévenus : Didier Robert, son ancien premier vice-président Jean-Louis Lagourgue, son ancien directeur de cabinet Vincent Bègue, et trois autres personnes poursuivies pour recel.
Trois jours d'audience sous tension
Le premier jour a donné le ton. L'avocat de Didier Robert, Me Philippe Creissen, a demandé un mandat d'amener contre la procureure de la République de Saint-Denis, Véronique Denizot, qui avait refusé de comparaître en invoquant l'indivisibilité du parquet ; la cour a refusé. Il a aussi mis en cause l'ancien procureur Éric Tufféry, évoquant une éventuelle prise illégale d'intérêts et des liens supposés avec la gauche locale, des « suppositions » que l'accusation a jugées hors de propos. Trois questions prioritaires de constitutionnalité et plusieurs questions préjudicielles ont été rejetées, les nullités jointes au fond. Didier Robert a choisi, sur les conseils de son avocat, de garder le silence face aux questions de la présidente.
Quand le fond d'un dossier pèse lourd, la procédure devient un sport de combat. Le silence, lui, est un droit : il a simplement l'avantage de ne jamais contredire un contrat de travail.
Le 16 octobre, l'avocate générale Saliha Hand-Ouali a rendu ses réquisitions, en déplorant au passage des débats ayant donné selon elle une « image déplorable de la justice ». Contre Didier Robert : huit mois de prison avec sursis, 30 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité pour détournement de fonds publics. Mais l'accusation a elle-même réduit la voilure : elle a demandé la relaxe sur sept des huit contrats en cause au titre du détournement, et une relaxe partielle sur la prise illégale d'intérêts, à l'exception du recrutement de Sabrina Ramin, dont le travail a été jugé « largement insuffisant ».
Pour les autres, selon Zinfos974 : relaxe requise pour Vincent Bègue, Yves Ferrières et Ravy Vellayoudom (dont l'emploi a été jugé lié au cabinet mais pas fictif) ; 10 000 euros d'amende et deux ans d'inéligibilité contre Jean-Louis Lagourgue pour un fait de prise illégale d'intérêts ; une peine de prison avec sursis, 10 000 euros d'amende et trois ans d'inéligibilité contre Sabrina Ramin.
Un ancien président déjà connu des prétoires
Ce dossier n'est pas le seul. En mai 2021, dans une autre affaire de prise illégale d'intérêts, Didier Robert avait été condamné à 15 mois de prison avec sursis et trois ans d'inéligibilité, sans faire appel. Et le 18 juin 2026, dans l'affaire distincte des loyers payés par la Région, la cour d'appel de Saint-Denis l'a condamné à 10 000 euros d'amende et un an d'inéligibilité pour prise illégale d'intérêts, tout en le relaxant de concussion, alors qu'il avait écopé en première instance de huit mois avec sursis, 100 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité. Ces décisions concernent d'autres faits : elles ne disent rien de la culpabilité dans le dossier des emplois de cabinet.
Mise à jour du 27 octobre : à l'issue des débats, la cour d'appel de Saint-Denis a mis sa décision en délibéré au 17 décembre 2026, selon Zinfos974. D'ici là, Didier Robert, relaxé en première instance, et les autres prévenus demeurent présumés innocents.
Et maintenant ?
La décision est attendue le 17 décembre 2026. La cour peut confirmer la relaxe, la confirmer partiellement ou entrer en voie de condamnation, dans la limite de l'appel du parquet. La décision pourra elle-même faire l'objet d'un pourvoi en cassation.
D'ici là, la règle est simple et ne souffre aucune nuance : Didier Robert a été relaxé en première instance et demeure présumé innocent dans ce dossier, tout comme Jean-Louis Lagourgue, Vincent Bègue et les autres prévenus encore jugés. Des réquisitions ne sont pas une condamnation ; et le parquet lui-même a abandonné l'essentiel de ce qu'il reprochait en 2024.
Ce qu'il faut retenir
- Procès en appel devant la cour d'appel de Saint-Denis les 14, 15 et 16 octobre 2026.
- Tous les prévenus avaient été relaxés le 21 mai 2024 ; le parquet a fait appel.
- Désistement du parquet général pour cinq prévenus, dont la relaxe devient définitive ; six restent jugés.
- Requis contre Didier Robert : 8 mois avec sursis, 30 000 € d'amende, 5 ans d'inéligibilité, avec relaxe demandée sur 7 contrats sur 8.
- Délibéré fixé au 17 décembre 2026. Présomption d'innocence.
Verdict Magouilles & Compagnie
Magouille ou calomnie ? Un premier juge a dit non, le parquet dit « un peu », après avoir lui-même rayé l'essentiel de sa liste. Verdict provisoire : de onze prévenus et huit contrats à six prévenus et un contrat vraiment contesté, ce procès en appel aura surtout montré que la justice réunionnaise sait faire des économies de personnel.
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📚 Nos sources
- Zinfos974 — Huit mois de prison avec sursis et cinq ans d'inéligibilité requis en appel contre Didier Robert
- Zinfos974 — Mandat d'amener, désistement, charge contre des magistrats : le premier jour du procès en appel
- Imaz Press — Emplois présumés fictifs à la Région : Didier Robert et ses co-accusés rejugés en appel
- Imaz Press — Le procès en appel de Didier Robert renvoyé en octobre
- Outremers360 — Emplois fictifs présumés : l'ex-président de Région Didier Robert relaxé
- Imaz Press — Affaire des loyers payés par la Région : Didier Robert condamné à un an d'inéligibilité
- Zinfos974 — Affaire des emplois présumés fictifs à la Région : Didier Robert fixé sur son sort le 17 décembre
❓ Questions fréquentes
Didier Robert est-il condamné dans l'affaire des emplois de cabinet ?
Non. Il a été relaxé par le tribunal correctionnel de Saint-Denis le 21 mai 2024. Le parquet a fait appel et l'affaire a été rejugée du 14 au 16 octobre 2026 ; tant que la cour d'appel n'a pas statué, il reste présumé innocent dans ce dossier.
Qu'a requis le parquet général en appel ?
Huit mois de prison avec sursis, 30 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité contre Didier Robert pour détournement de fonds publics, tout en demandant sa relaxe sur sept des huit contrats en cause et une relaxe partielle sur la prise illégale d'intérêts.
Pourquoi seulement six prévenus en appel au lieu de onze ?
Le parquet général s'est désisté de son appel pour quatre prévenus le 13 avril 2026, puis pour un cinquième le 14 octobre 2026. Leur relaxe de 2024 est donc devenue définitive.
Quand la décision sera-t-elle rendue ?
La cour d'appel de Saint-Denis a mis sa décision en délibéré au 17 décembre 2026, selon Zinfos974. Elle pourra ensuite faire l'objet d'un pourvoi en cassation.
