En Indonésie, une enveloppe peut peser plus lourd qu'une forêt entière. La Commission d'éradication de la corruption (KPK) envisagerait d'interroger le ministre des Forêts, Raja Juli Antoni, dans une affaire de corruption liée à la délivrance de permis forestiers dans le district de Kuantan Singingi, sur l'île de Sumatra.

Le régent, l'enveloppe et le ministère

Selon The Jakarta Post, l'affaire tournerait autour de Suhardiman Amby, régent de Kuantan Singingi (« Kuansing ») et membre du Gerindra, le parti du président Prabowo Subianto. Il aurait été désigné suspect par la KPK fin juin, notamment pour des faits présumés liés à la vente de postes et à la gestion de zones forestières de production.

D'après Tempo, la KPK s'intéresserait au rôle du ministère des Forêts dans la libération de ces zones. Une enveloppe aurait été remise au ministre Raja Juli Antoni lors d'une réunion dans les locaux du ministère — élément désormais au cœur de l'enquête.

Forêt tropicale indonésienne.
Photo : Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0 — L'affaire porte sur la délivrance de permis dans des zones forestières de Sumatra.

Une enveloppe « rendue » avant le coup de filet

Le ministre affirme avoir restitué cette enveloppe le 12 juin, soit dix-sept jours avant l'opération « mains dans le sac » de la KPK, expliquant l'avoir rendue par principe et sans en connaître le contenu. La KPK reconnaîtrait toutefois ne pas avoir pu en vérifier le contenu, celui-ci ayant justement été rendu.

😏 Côté cynique
Rendre une enveloppe dont on ignore le contenu, dix-sept jours avant la descente des enquêteurs : un sens du timing qui force l'admiration.

Des permis gelés

Toujours selon la presse indonésienne, Raja Juli Antoni aurait annoncé ne plus signer de nouveaux arrêtés autorisant la libération de zones forestières à Kuansing, affirmant qu'aucun document en ce sens n'aurait été émis de sa main à ce jour. Une façon de prendre ses distances avec le dossier, tout en laissant la KPK poursuivre ses vérifications.

Verdict Magouilles & Compagnie

À ce stade, le ministre n'est pas formellement mis en cause et bénéficie de la présomption d'innocence ; c'est le régent de Kuansing qui est visé comme suspect. Reste une image tenace : dans un pays qui se bat pour ses forêts, une simple enveloppe aura fait plus de bruit que bien des tronçonneuses.