Le scandale 1MDB est devenu ce que Wall Street produit de plus fascinant : une affaire tellement gigantesque qu'elle continue de générer des règlements financiers presque dix ans après les premières révélations, comme une fuite de pétrole judiciaire qui n'en finit pas de remonter à la surface.

Reuters a rapporté le 5 mai 2026 que Goldman Sachs avait conclu un accord de principe pour mettre fin à une class action portée par des investisseurs. Les actionnaires reprochaient à la banque d'avoir minimisé les risques de conformité et de gouvernance liés à son rôle dans l'émission de plus de 6 milliards de dollars d'obligations pour le fonds souverain malaisien 1MDB. Le montant exact du règlement n'a pas été rendu public dans les premiers documents judiciaires.

😏 Côté cynique
Sur Wall Street, les scandales ne meurent jamais vraiment. Ils changent simplement de ligne comptable.

Rappel : 1MDB, le mode d'emploi

Pour comprendre le dossier, il faut revenir à 1MDB, ou « 1Malaysia Development Berhad », un fonds souverain créé en 2009 sous le gouvernement du Premier ministre malaisien Najib Razak. Officiellement, le fonds devait financer des projets de développement. Officieusement, il est devenu un canal d'extraction massif, organisé notamment par le financier Jho Low, pour le bénéfice d'élites politiques malaisiennes et de leurs réseaux.

Les fonds détournés ont financé tout ce qu'on imagine quand on imagine mal : appartements à New York, yachts (le Equanimity), tableaux de maîtres, productions hollywoodiennes (« Le Loup de Wall Street », ironie totale), bijoux, et une vie nocturne très internationale. L'estimation totale du détournement dépasse 4,5 milliards de dollars.

200 West Street, siège de Goldman Sachs à New York
Photo : Wikimedia Commons — 200 West Street, le siège de Goldman Sachs à New York. C'est ici qu'ont été structurées, à coups d'ingénierie financière, les trois émissions obligataires de 1MDB en 2012-2013.

Le rôle de Goldman

Goldman Sachs a structuré pour 1MDB trois émissions obligataires en 2012-2013, pour un total de plus de 6 milliards de dollars. La banque a touché environ 600 millions de dollars de commissions — un niveau remarquablement élevé pour ce type d'opération souveraine. Les enquêtes ultérieures ont établi que plusieurs banquiers Goldman, dont Tim Leissner et Roger Ng, avaient activement coopéré au détournement, voire personnellement bénéficié de pots-de-vin.

Le U.S. Department of Justice a obtenu en 2020 un accord global avec Goldman pour près de 2,9 milliards de dollars, incluant une amende, des restitutions et un Deferred Prosecution Agreement (DPA). Tim Leissner a plaidé coupable et coopère avec les autorités. Roger Ng a été condamné après procès en 2022. Jho Low reste en fuite.

La class action des actionnaires

La class action de 2026 n'est pas une action pénale : c'est une action civile portée par des investisseurs en actions Goldman Sachs qui estimaient avoir été lésés. Leur argument : la banque aurait minimisé les risques de conformité dans ses communications financières, ce qui aurait gonflé artificiellement le cours de l'action. Une fois les amendes pénales et l'image dégradée, le cours a baissé. Les actionnaires ont vu une perte qui, selon eux, aurait pu être évitée avec une information correcte.

C'est un cas classique de securities class action aux États-Unis, devenu un quasi-réflexe après tout grand scandale d'entreprise. Pour Goldman, régler — même sans reconnaître de culpabilité — coûte moins cher qu'un procès qui mobiliserait des avocats, exposerait des documents internes et durerait des années.

😏 Côté cynique
Dans la finance moderne, on appelle « provisions pour litiges » ce que les autres appellent « le prix de l'opacité ».

Ce qu'il faut retenir

L'affaire rappelle surtout une vérité brutale : même après avoir payé des milliards de dollars d'amendes et de compensations dans le monde entier, un scandale comme 1MDB continue de générer des coûts. Les actions civiles dérivées, les plaintes annexes, les contentieux entre parties prenantes : tout cela peut durer des décennies après les faits initiaux.

Pour Goldman, ce règlement avec ses actionnaires referme probablement le dernier grand chapitre civil américain de 1MDB. Il reste néanmoins des dossiers en Malaisie, à Singapour et en Suisse. Najib Razak est emprisonné en Malaisie (puis assigné à résidence en 2024, après réduction de peine). Jho Low, lui, n'a toujours pas été retrouvé — sa cavale tient désormais plus de la performance artistique que de la stratégie.