Il portait des shorts cargo en conseil d'administration, dormait sur un canapé près de son bureau, jouait à des jeux vidéo pendant ses interviews et s'apprêtait à acheter Wall Street à crédit. Sam Bankman-Fried, fondateur de la plateforme crypto FTX, vient d'écoper de 25 ans de prison fédérale pour ce qui restera comme l'une des plus grosses fraudes financières du XXIᵉ siècle.

Selon Reuters, le New York Times et le Wall Street Journal, la plateforme d'échange de cryptomonnaies FTX, valorisée à 32 milliards de dollars en début 2022, a déclaré faillite en novembre 2022. Un trou de 8 milliards de dollars d'actifs clients manquait à l'appel.

Les fonds étaient passés en réalité vers Alameda Research, le hedge fund crypto également fondé par Sam Bankman-Fried (SBF). Présentée publiquement comme indépendante de FTX, Alameda lui servait en réalité de chambre noire — des prêts illimités, sans collatéral, sans déclaration aux clients, et utilisés pour spéculer, financer des immobiliers aux Bahamas, et faire des dons politiques massifs aux États-Unis (estimés à plus de 100 M$, principalement vers le parti démocrate mais aussi républicain).

😏 Côté cynique
Avant FTX, on pensait qu'il fallait un MBA et une cravate pour escroquer huit milliards de dollars. Sam Bankman-Fried a prouvé qu'un short cargo et un canapé d'IKEA suffisent — à condition de bien choisir ses lobbyistes.
Sam Bankman-Fried
Photo : Wikimedia Commons — Sam Bankman-Fried au sommet de son influence, présenté par certains médias comme « le nouveau J.P. Morgan ». La métaphore aura été plus exacte qu'eux ne le pensaient — mais dans le mauvais sens.

Le procès le plus regardé de l'année

Le procès s'ouvre à Manhattan en octobre 2023. Trois anciens proches de SBF (dont sa compagne et co-dirigeante d'Alameda Caroline Ellison) ont plaidé coupable et témoignent contre lui. Le verdict tombe le 2 novembre 2023 : coupable sur les sept chefs d'accusation, incluant fraude électronique, blanchiment, conspiration et fraude contre les investisseurs.

Le 28 mars 2024, le juge Lewis Kaplan le condamne à 25 ans de prison fédérale. La peine maximale demandée par le parquet était de 50 ans ; la défense espérait 5 à 6 ans. La sentence est aujourd'hui en cours d'exécution dans une prison fédérale du Brooklyn Detention Center, en attendant son transfert vers une prison de plus longue durée.

Et les clients ?

Bonne nouvelle (pour une fois) : les liquidateurs ont annoncé en 2024 que la quasi-totalité des clients seraient indemnisés, certains à hauteur de 118 % de la valeur de leurs dépôts au moment de la faillite — une situation rendue possible par la remontée des cours du Bitcoin entre 2022 et 2024. Petit paradoxe : ceux qui ont perdu sont les clients, ceux qui ont gagné sont les avocats, et les Bahamas sont devenues le lieu de villégiature préféré des liquidateurs.

😏 Côté cynique
Dans la crypto, on parle beaucoup de décentralisation. L'affaire FTX rappelle que la centralisation existe encore — sous la forme d'un seul homme contrôlant 8 milliards de dollars de fonds clients depuis un appartement aux Bahamas.

Le cas FTX a relancé un débat américain (et européen) sur la régulation des plateformes crypto. L'Union européenne a adopté le règlement MiCA en juin 2023, applicable depuis 2024. La SEC américaine, accusée d'avoir « regardé ailleurs » pendant des années, a depuis intensifié ses poursuites contre d'autres acteurs crypto (Binance, Kraken, Coinbase). Le secteur, lui, prétend être « différent maintenant ». Comme à chaque crise, depuis 1929.