Quand la formation continue devient très imaginative

En Wallonie, on savait déjà que la formation professionnelle pouvait être un sujet sérieux, technique, administratif, parfois pénible à lire sans café. On découvre désormais qu’elle pourrait aussi servir de décor à une affaire beaucoup plus créative : des formations déclarées, financées, mais qui n’auraient tout simplement jamais été données.

Selon les informations relayées par Sudinfo et précisées par Qu4tre, une vaste opération judiciaire a été menée en région liégeoise dans le cadre d’une enquête portant sur de possibles formations professionnelles fictives. Le préjudice évoqué pour le FOREM serait estimé à 8,5 millions d’euros. Pour une formation qui n’existe pas, le rendement pédagogique semble donc parfaitement inexistant, mais le rendement financier, lui, paraît avoir suivi le programme.

Perquisitions, interpellations et inventaire à la Prévert judiciaire

Les perquisitions auraient visé les sièges de dix entreprises ainsi que les domiciles de six personnes physiques. Sept personnes auraient été privées de liberté. Les enquêteurs auraient également procédé à des saisies portant sur plusieurs milliers d’euros en liquide, des véhicules, des objets de luxe et des cryptomonnaies.

L’enquête serait menée par l’Auditorat du travail de Liège-Namur-Luxembourg, notamment pour des soupçons de faux, usage de faux et escroquerie en droit pénal social. Le mécanisme concerné serait celui du congé-éducation payé, un dispositif permettant à des travailleurs du secteur privé de suivre des formations agréées tout en conservant leur rémunération.

La formation était peut-être absente, mais l’organisation comptable, elle, aurait visiblement répondu présent.

Le FOREM, victime d’un système ou révélateur d’un contrôle trop théorique ?

Le FOREM n’est pas un acteur secondaire dans le paysage wallon. Il accompagne les demandeurs d’emploi, organise ou référence de nombreuses formations et participe à l’architecture publique de l’emploi et de la qualification professionnelle. Son catalogue de formation revendique plus de 10 000 offres à travers la Wallonie.

Dans ce contexte, une fraude présumée de 8,5 millions d’euros ne ressemble pas à une petite erreur de formulaire coincée entre deux cases Excel. Elle pose une question beaucoup plus gênante : comment des formations qui n’auraient pas existé peuvent-elles, si les faits sont confirmés, générer un tel volume de flux financiers avant que le système ne bloque réellement ?

On pourra naturellement rappeler que l’enquête est en cours, que les responsabilités devront être établies, et que les personnes interpellées bénéficient de la présomption d’innocence. C’est juridiquement indispensable. Mais politiquement et administrativement, le dossier sent déjà fortement la réunion de crise avec PowerPoint, audit interne et phrase magique : « nous allons renforcer les procédures ».

Le congé-éducation payé : bonne idée, mauvais usage possible

Le congé-éducation payé repose sur une logique défendable : permettre à des travailleurs de se former sans être pénalisés professionnellement. Dans un monde économique où les compétences évoluent vite, l’idée est même parfaitement légitime.

Mais comme souvent, un dispositif public utile peut devenir une machine à cash s’il croise les mauvaises mains, les bons formulaires et des contrôles insuffisants. La fraude présumée ne remet donc pas nécessairement en cause le principe du congé-éducation payé. Elle interroge plutôt la capacité du système à vérifier que ce qui est déclaré correspond à quelque chose de réel.

Autrement dit : une formation fantôme, c’est peut-être pratique pour éviter les absences en classe. C’est un peu plus compliqué quand elle finit par coûter plusieurs millions à la collectivité.

😏 La version cynique
Il y a des formations en présentiel, des formations à distance, des formations hybrides.
Et puis il y aurait eu, apparemment, la grande innovation wallonne : la formation métaphysique.
Personne ne vient, personne n’apprend, personne n’enseigne, mais quelqu’un facture.
À ce niveau, ce n’est plus de la pédagogie. C’est du développement personnel appliqué à la trésorerie.

Ce que l’on sait

  • Une enquête vise des formations professionnelles déclarées mais présumées inexistantes.
  • Le préjudice évoqué pour le FOREM est estimé à 8,5 millions d’euros.
  • Des perquisitions ont été menées en région liégeoise.
  • Sept personnes auraient été privées de liberté.
  • Des saisies auraient porté sur de l’argent liquide, des véhicules, des objets de luxe et des cryptomonnaies.
  • L’enquête porterait notamment sur des soupçons de faux, usage de faux et escroquerie en droit pénal social.

Ce que l’on ignore encore

  • L’identité complète et le rôle exact de toutes les personnes interpellées.
  • Le nombre précis de formations concernées.
  • La durée exacte du mécanisme présumé.
  • Le niveau de contrôle exercé avant le déclenchement de l’enquête.
  • Les suites judiciaires : inculpations éventuelles, libérations, aveux ou contestations.

Chronologie provisoire

  • 4 juin 2026 : révélation publique de l’affaire par plusieurs médias belges.
  • Opération judiciaire : perquisitions en région liégeoise visant plusieurs entreprises et domiciles privés.
  • Suite attendue : décisions judiciaires concernant les personnes privées de liberté et poursuite de l’enquête financière.

Conclusion

Cette affaire présumée de formations fantômes illustre un classique des dossiers publics sensibles : un dispositif utile, pensé pour aider les travailleurs et soutenir la montée en compétences, peut devenir un terrain de jeu pour ceux qui savent transformer une bonne intention administrative en circuit de facturation.

Si les faits sont confirmés, le FOREM apparaîtra comme victime financière. Mais l’affaire posera aussi une question moins confortable : combien de temps un système peut-il payer pour apprendre des choses que personne n’a jamais enseignées ?