À Fort-de-France, le procès du détournement des fonds du handicap de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) est entré dans sa phase décisive. Jeudi 4 juin 2026, après une suspension de plus de deux semaines, le parquet a rendu ses réquisitions — et il n'a pas manié la litote : de 2 à 6 ans de prison requis contre cinq prévenus.

Au cœur du dossier : plus de 3,2 millions d'euros qui auraient été ponctionnés sur l'enveloppe de la prestation de compensation du handicap (PCH). Autrement dit, de l'argent destiné aux personnes en situation de handicap qui, selon l'accusation, aurait pris des chemins nettement moins solidaires. Les cinq prévenus comparaissent pour détournement de fonds publics, recel, abus de confiance, faux et usage de faux.

Jusqu'à 6 ans requis contre les présumés « cerveaux »

Contre Clarisse Romany et Fabrice Duragrin, présentés par le ministère public comme les cerveaux de l'opération, le parquet a réclamé le haut du barème : 6 ans d'emprisonnement avec mandat de dépôt, 50 000 euros d'amende, la confiscation de l'ensemble des biens et comptes saisis, 5 ans de privation d'éligibilité, l'interdiction définitive d'exercer une fonction publique et la privation des droits civiques pendant 5 ans (sauf le droit de vote).

Pour les autres : 3 ans (dont deux avec sursis probatoire et un an sous bracelet électronique) requis contre un prévenu désigné comme « Taima » ; et 2 ans (dont un an de sursis probatoire sous surveillance électronique) contre Hida et Ludovic Romany, mère et frère de la principale prévenue, assortis d'amendes et de confiscations.

😏 Côté cynique
Il y a des caisses qu'on s'attendrait à voir gardées comme un trésor : celle du handicap en fait partie. Que des fonds censés compenser la perte d'autonomie se retrouvent au centre d'un procès pour détournement, c'est le genre de dossier où l'indignation n'a même pas besoin de forcer la voix. Reste désormais à la justice de dire qui a vidé le tiroir — et qui regardait ailleurs.

Une défense qui renvoie la responsabilité

Après ce réquisitoire musclé, la défense a contre-attaqué, plaidant notamment pour reporter les responsabilités sur un agent administratif et minimiser l'implication des proches. L'avocat de la mère et du frère a soutenu qu'ils ignoraient la provenance des fonds, évoquant une somme de 19 000 euros que la principale prévenue aurait demandé de cacher. Tout l'enjeu du jugement sera précisément de démêler les rôles : cerveaux, complices, comparses ou proches entraînés dans une mécanique familiale.

À ce stade, rien n'est jugé. Les peines évoquées ne sont que des réquisitions : le tribunal correctionnel de Fort-de-France rendra sa décision ultérieurement, et tous les prévenus bénéficient de la présomption d'innocence.

Ce qu'il faut retenir

  • Procès à Fort-de-France d'un détournement présumé de plus de 3,2 M€ sur les fonds du handicap (PCH) de la CTM.
  • Cinq prévenus jugés pour détournement de fonds publics, recel, abus de confiance, faux et usage de faux.
  • Réquisitions du 4 juin 2026 : de 2 à 6 ans de prison.
  • 6 ans + mandat de dépôt + 50 000 € requis contre Clarisse Romany et Fabrice Duragrin.
  • Réquisitions ≠ condamnation : jugement à venir, présomption d'innocence.

Verdict Magouilles & Compagnie

Magouille ou calomnie ? L'accusation a posé des chiffres lourds et des mots durs ; la défense conteste et renvoie les responsabilités. Tant que le tribunal n'a pas tranché, le dossier reste au conditionnel. Mais le symbole, lui, est déjà gravé : quand c'est l'argent du handicap qui se retrouve au cœur d'un procès, la facture morale dépasse de loin les 3,2 millions en jeu. Verdict provisoire : réquisitions sévères, jugement attendu — et présomption d'innocence jusqu'au délibéré.