Les faits, avant le grand numéro de claquettes
Selon Franceinfo La 1ère, l’audience ouverte le 18 mai 2026 dans l’affaire de détournement de fonds à la Collectivité territoriale de Martinique a été suspendue après une première journée de débats et devait reprendre le 4 juin. Les prévenus ont été entendus sur des faits présumés de détournement de fonds publics, recel, abus de confiance, faux et usage de faux.
RCI précise que cinq des six prévenus devaient revenir devant le tribunal correctionnel de Fort-de-France le 4 juin. Au cœur du dossier : plusieurs millions d’euros issus d’une enveloppe destinée à la prestation de compensation du handicap, la fameuse PCH, censée aider les personnes concernées à faire face aux conséquences du handicap. On est donc loin de la petite caisse à café du service administratif.
ZayActu et Karibinfo rapportent que le montant du préjudice avancé par la Collectivité territoriale de Martinique s’élève à 3 204 489 euros. La CTM indique avoir découvert les irrégularités en décembre 2024, puis saisi le procureur de la République. Les investigations internes auraient mis en évidence des falsifications de documents administratifs et d’arrêtés de décision, avec une fraude qui aurait débuté en 2019 et se serait poursuivie jusqu’en 2024. Cinq ans. Dans une administration, c’est presque un cycle olympique complet de tamponnage sans contrôle suffisant.
Le mécanisme allégué : faux dossiers, vrais virements
D’après RCI, Clarisse Romany, présentée comme la principale prévenue, ancienne assistante administrative à la CTM, aurait reconnu des faits d’escroquerie et de blanchiment. Le média rapporte qu’elle aurait expliqué le point de départ par des difficultés personnelles et financières, avant que le système ne prenne de l’ampleur. Le procédé décrit par l’audience serait assez rudimentaire dans l’idée, mais redoutable dans ses effets : création de faux dossiers, comptes bancaires, récupération d’une partie des sommes.
RCI rapporte également que Fabrice Duragrin, ex-compagnon de la principale prévenue, reconnaît une implication mais estime avoir été manipulé. Plusieurs proches ou membres de la famille sont cités dans le dossier comme ayant bénéficié de sommes, d’avantages ou de mouvements financiers, tout en contestant parfois avoir connu l’origine frauduleuse des fonds. Dans ce type de dossier, le scénario est connu : au tribunal, tout le monde a vu passer l’argent, mais personne n’aurait vraiment vu le panneau lumineux “argent public destiné au handicap”.
La CTM partie civile : addition salée et contrôle interne en vitrine
La CTM se constitue partie civile. Selon RCI, son avocate évoque une escroquerie aggravée supérieure à 3,2 millions d’euros, des frais d’audit, un préjudice moral et la difficulté future de recouvrer les sommes. Le média rapporte également que plus de 1,6 million d’euros auraient déjà été saisis dans le cadre de l’enquête. En clair : une partie de l’eau a été récupérée, mais le seau reste percé et la serpillière institutionnelle est encore de sortie.
Karibinfo indique que l’agente concernée a été suspendue puis révoquée. La CTM aurait aussi procédé à une vérification approfondie des dossiers de la Direction de l’Autonomie. Audrey Thaly-Bardol, conseillère exécutive en charge des solidarités, aurait déposé plainte pour usage frauduleux de sa signature et usurpation d’identité. D’autres responsables du processus d’attribution des aides seraient également présentés comme victimes de pratiques frauduleuses.
Le point le plus gênant n’est pas seulement l’existence supposée de faux documents. C’est la durée. Une fraude alléguée entre 2019 et 2024 pose mécaniquement une question de gouvernance : quels contrôles ? Quels rapprochements bancaires ? Quels audits ? Quelle séparation entre instruction, validation et paiement ? À force de croire que les procédures protègent toutes seules, on finit parfois avec des procédures très bien rangées et des comptes très mal surveillés.
Version cynique : la solidarité, mais avec option détournement
Dans une société normalement constituée, l’argent destiné à compenser le handicap suit un trajet assez simple : collectivité, dossier légitime, bénéficiaire. Ici, selon les éléments rapportés à l’audience, le trajet aurait pris un détour touristique : faux dossiers, comptes bancaires, proches, dépenses, justifications, auditions, puis retour final devant le tribunal. C’est la chaîne de valeur administrative, mais version casse-croûte judiciaire.
Ce dossier coche plusieurs cases du grand bingo de la magouille publique : argent social, contrôle interne qui arrive après la tempête, documents falsifiés, signatures contestées, proches qui tombent dans le bain, chacun expliquant plus ou moins qu’il ne savait pas vraiment d’où venait l’eau chaude. Et au milieu, les vrais bénéficiaires de la PCH, ceux pour qui ces dispositifs existent, peuvent tranquillement admirer le spectacle : leur aide a servi de décor à un feuilleton pénal.
Ce qu’on sait
- Une audience correctionnelle s’est ouverte le 18 mai 2026 à Fort-de-France et devait reprendre le 4 juin après suspension.
- Le dossier porte sur des fonds publics liés à la prestation de compensation du handicap.
- Le préjudice avancé par la CTM est de 3 204 489 euros.
- Les faits auraient débuté en 2019 et se seraient poursuivis jusqu’en 2024.
- La principale prévenue, Clarisse Romany, a reconnu certains faits selon RCI.
- La CTM indique avoir suspendu puis révoqué l’agente mise en cause et engagé des vérifications internes.
Ce qu’on ignore encore
- Le jugement définitif et les peines effectivement prononcées, si le tribunal retient les qualifications poursuivies.
- La part exacte des sommes qui pourra être recouvrée.
- La responsabilité précise de chaque prévenu dans la mécanique globale.
- L’ampleur réelle des failles internes de contrôle et les mesures structurelles qui seront prises pour éviter une répétition.
⚖ Votre verdict Live
Selon vous, ce dossier relève-t-il de la magouille — ou de la calomnie ?
📚 Nos sources
- Franceinfo La 1ère Martinique, « Détournement de fonds à la CTM : l’audience reprendra le 4 juin », 19 mai 2026.
- RCI Martinique, « Procès du détournement de fonds à la CTM : reprise de l’audience dans deux semaines », 19 mai 2026.
- ZayActu, « Détournement de fonds à la CTM : le procès correctionnel s’ouvre ce lundi 18 mai 2026 », 18 mai 2026.
- Karibinfo, « Martinique. Les détournements de fonds publics à la CTM jugés au Tribunal de Fort-de-France le 18 mai », 3 février 2026.
❓ Questions fréquentes
Qu'est-ce que la CTM ?
La Collectivité territoriale de Martinique, qui gère notamment des compétences sociales — dont la prestation de compensation du handicap (PCH).
De quoi parle le procès ?
D'un détournement présumé de plus de 3,2 millions d'euros destinés au handicap, dont les enquêteurs cherchent à comprendre comment ils ont quitté les circuits prévus. L'audience a été ouverte le 18 mai 2026.
Quelqu'un est-il condamné ?
Non. Le procès est en cours ; la présomption d'innocence s'applique pleinement.
Cet article est-il une vraie information ?
C'est de la satire factuelle, fondée sur Franceinfo La 1ère et la presse locale. Présomption d'innocence respectée.
