Le dossier « cum-cum » ressemble de plus en plus à une série Netflix écrite par des fiscalistes insomniaques : énormément de documents, beaucoup de banques prestigieuses, des milliards de recettes fiscales en moins pour les États européens, et un nombre impressionnant d'avocats qui découvrent soudainement le sens du mot « transactionnel ».

Selon Reuters, le 19 février 2026, Crédit Agricole a accepté de verser environ 197 millions d'euros pour solder une procédure liée à une affaire de fraude fiscale présumée sur dividendes. Officiellement, on parle d'un « règlement transactionnel », ce qui en français bancaire signifie : « personne ne reconnaît rien, mais tout le monde signe et chacun retourne travailler ».

Le mécanisme « cum-cum » est techniquement complexe, mais philosophiquement très simple : transformer l'impôt dû sur des dividendes en opportunité financière. Dans ces opérations, des investisseurs étrangers, théoriquement soumis à une retenue à la source, « prêtent » provisoirement leurs actions à une contrepartie domiciliée dans le pays où le dividende est versé. Résultat : l'investisseur évite la retenue, la contrepartie récupère le crédit d'impôt, et l'État se demande où sont passées ses recettes fiscales.

😏 Côté cynique
Le cum-cum est l'art de transformer une retenue fiscale obligatoire en option facultative — à condition d'avoir une cravate, un bureau à La Défense et un avocat qui sait dire « optimisation » sans rire.
Immeuble Crédit Agricole
Photo : Wikimedia Commons — Un bâtiment Crédit Agricole : à l'intérieur, on parle de dividendes ; à l'extérieur, le contribuable continue de payer son impôt sur le revenu.

Pourquoi Crédit Agricole « préfère payer »

Le règlement transactionnel à la française permet à une entreprise de solder une procédure pénale en versant une amende, sans plaider coupable et sans procès public. Pour la justice française, c'est rapide et lucratif. Pour la banque, c'est un coup d'éponge encadré juridiquement : le dossier se ferme avant que l'enquête n'attire trop de regards sur les détails techniques des opérations passées.

Crédit Agricole rejoint ainsi une liste d'établissements qui ont, ces dernières années, fait des chèques à plusieurs centaines de millions d'euros pour des dossiers du même type : BNP Paribas, Société Générale, HSBC ou encore d'autres banques européennes mises en cause dans la galaxie « cum-cum » et « cum-ex ».

Une perte fiscale massive pour l'Europe

Les enquêtes journalistiques européennes (notamment la collaboration CumEx Files) estiment les pertes fiscales cumulées pour les États du continent à plusieurs dizaines de milliards d'euros sur deux décennies. Le ministère des Finances allemand parle d'un « hold-up à grande échelle ». À Paris, on préfère le mot « pratique fiscale agressive », qui sonne moins comme un fait divers.

😏 Côté cynique
En matière fiscale, plus une fraude est sophistiquée, plus son nom devient discret. « Cum-cum » sonne presque comme un dessert italien — alors qu'il faut imaginer un milkshake où l'État vient avec la paille mais sans le verre.

Crédit Agricole, comme les autres banques, soutient que les opérations passées étaient conformes à la pratique de marché de l'époque. La justice française a estimé, elle, que la frontière entre optimisation et fraude était suffisamment floue pour justifier un règlement à neuf chiffres. Et c'est désormais le contribuable français qui, en théorie, devrait être un peu moins floué — du moins jusqu'au prochain montage.