La Coupe d'Afrique des Nations devait être une vitrine pour le Cameroun. Elle est aussi devenue un gigantesque symbole des dérives budgétaires, des retards chroniques et des soupçons financiers qui entourent souvent les grands événements sportifs africains.

À l'origine, le Cameroun devait accueillir la CAN 2019. Mais les retards accumulés dans les infrastructures, les chantiers inachevés et les problèmes organisationnels ont poussé la CAF à retirer l'organisation au pays — avant qu'il ne récupère finalement l'édition suivante (2021, jouée début 2022). Officiellement, il s'agissait d'un problème logistique. Officieusement, beaucoup y voyaient surtout le symptôme d'un gigantesque désordre financier.

😏 Côté cynique
Dans certains projets sportifs, les budgets courent beaucoup plus vite que les ouvriers.

Plus de 1 200 milliards de FCFA pour des stades en retard

Plusieurs médias africains et internationaux, dont France 24 et RFI, ont évoqué des montants colossaux engagés pour les stades, routes, hôtels et infrastructures liés à la compétition. Certains observateurs ont chiffré à plus de 1 200 milliards de FCFA les sommes mobilisées autour des projets liés à la CAN — une somme astronomique dans un pays où les besoins en santé, éducation et infrastructures de base restent immenses.

Le problème des grands événements sportifs africains est connu : ils permettent de débloquer rapidement des budgets massifs dans des procédures de marchés publics accélérées. Et lorsqu'on mélange urgence politique, prestige international et marchés publics gigantesques, la tentation devient énorme.

Stade Paul Biya à Olembé, Yaoundé
Photo : Wikimedia Commons — Le Stade Paul Biya d'Olembé, fer de lance de la CAN 2021 : 60 000 places, livré avec plusieurs années de retard, et un budget officiel jamais vraiment stable.

La couverture émotionnelle du football

Le football offre une couverture émotionnelle idéale. Toute critique peut être accusée d'antipatriotisme. C'est précisément ce qui rend ces événements si utiles politiquement : ils transforment les dépenses publiques en symbole national. Pendant qu'on célèbre les Lions Indomptables, les détails techniques des financements intéressent soudainement beaucoup moins de monde.

😏 Côté cynique
Un stade flambant neuf permet parfois d'éclairer très discrètement beaucoup de contrats.

Les retards de chantier ont fortement marqué l'opinion. Certaines infrastructures semblaient avancer selon un calendrier parallèle aux échéances sportives réelles. Les coûts augmentaient, les délais glissaient, les explications changeaient.

Question de fond : à quoi servent ces stades ensuite ?

Le scandale n'est pas forcément qu'une question de détournement direct. Il concerne aussi la logique globale : faut-il investir des sommes gigantesques dans des infrastructures sportives parfois sous-utilisées ensuite, pendant que des besoins essentiels restent criants ? Le stade Paul Biya d'Olembé (60 000 places) accueille combien de matches par an depuis la fin de la CAN ?

Le football africain entretient depuis longtemps une relation ambiguë avec l'argent public. Entre fédérations puissantes, États cherchant du prestige et entreprises proches du pouvoir, les compétitions deviennent parfois des laboratoires de redistribution financière particulièrement efficaces.

😏 Côté cynique
Certains matchs se jouent sur la pelouse. D'autres directement dans les marchés publics.

Ce qu'il faut retenir

Le sport permet une chose très pratique : déplacer le débat. Pendant qu'on parle des performances de l'équipe nationale, des cérémonies d'ouverture ou des stars du tournoi, les détails techniques des financements intéressent soudainement beaucoup moins de monde.

En résumé, la CAN au Cameroun illustre parfaitement la mécanique des grands événements africains : prestige national, dépenses massives, urgence politique, marchés publics accélérés et citoyens qui découvrent ensuite que le vrai tournoi se jouait peut-être surtout autour des contrats. Les responsabilités individuelles, elles, restent à établir par les autorités compétentes.