En 2013, le ministre du Budget chargé d'incarner la lutte contre la fraude fiscale française a fini par admettre qu'il détenait depuis vingt ans un compte caché en Suisse. La séquence est devenue un cas d'école de communication politique — et un mot, « audace », a pris ce jour-là une nouvelle définition.

L'enquête de Mediapart, lancée en décembre 2012, accusait Jérôme Cahuzac, alors ministre délégué au Budget de François Hollande, de détenir un compte non déclaré à l'UBS de Genève. Le ministre dément. Avec force. Devant l'Assemblée nationale, le 5 décembre 2012, il déclare : « Je n'ai pas, je n'ai jamais eu, de compte à l'étranger, ni maintenant ni avant. »

Le 2 avril 2013, Cahuzac avoue : il a bien eu un compte à l'UBS Genève pendant près de vingt ans, transféré ensuite à Singapour pour brouiller les pistes. La séquence devient un cas d'école politique : le ministre démissionne, est expulsé du Parti socialiste, et finit par être renvoyé devant la justice pour fraude fiscale et blanchiment.

😏 Côté cynique
En politique, l'expression « les yeux dans les yeux » a longtemps désigné une preuve de sincérité. Depuis Cahuzac, elle désigne plutôt une stratégie de communication à risque procédural élevé.
Jérôme Cahuzac
Photo : Wikimedia Commons — Jérôme Cahuzac, ministre du Budget — accessoirement, donc, chargé de lutter contre la fraude fiscale.

Condamnations en cascade

Le tribunal correctionnel de Paris condamne Cahuzac en décembre 2016 à 3 ans de prison ferme. La Cour d'appel confirme en 2018, réduit légèrement, et la Cour de cassation valide en 2020. Cahuzac effectue ses peines via bracelet électronique. Sa carrière politique est terminée, sa carrière pénale aussi.

L'affaire a contribué à la création de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) en 2013, et à l'obligation pour les ministres de déclarer leur patrimoine et leurs intérêts. C'est une des rares affaires françaises qui a effectivement changé la loi — parce que le contraste entre la fonction et la pratique était tellement gros qu'il fallait bien faire quelque chose.

😏 Côté cynique
Bonne nouvelle : depuis 2013, les ministres déclarent leur patrimoine. Mauvaise nouvelle : il a fallu un ministre du Budget avec un compte UBS pour que ça devienne obligatoire.