L'affaire Bygmalion, c'est l'histoire d'une campagne présidentielle qui voulait être plus belle que les autres, qui a coûté plus cher que les autres, et qui s'est avérée tellement plus cher que pour cacher le surcoût, il a fallu inventer une autre campagne par-dessus. Avec son propre carnet de fausses factures. Un peu comme cacher un éléphant dans un éléphant.

Selon Le Monde, Mediapart et l'AFP, l'affaire Bygmalion remonte à la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012. Le candidat avait droit à un plafond légal de dépenses de 22,5 millions d'euros. La campagne en a dépensé au moins 42,8 millions, soit près du double.

Pour cacher ce dépassement massif, un système organisé de fausses factures a été mis en place via la société de communication Bygmalion et sa filiale Event & Cie : les meetings et événements de la campagne UMP étaient facturés tantôt au parti, tantôt à la campagne, selon les besoins comptables du moment. Une comptabilité créative à deux étages, avec ascenseur entre les deux.

😏 Côté cynique
Le système Bygmalion repose sur une intuition simple : si tu veux dépenser deux fois le plafond légal, fais-toi facturer deux fois — une fois pour de vrai, une fois pour de faux. Aucune dépense ne disparaît, seules les responsabilités flottent.
Nicolas Sarkozy en meeting
Photo : Wikimedia Commons — Nicolas Sarkozy en 2016, lors d'un meeting à Belfort. La campagne de 2012, elle, est entrée dans l'histoire comptable plus que politique.

Condamnations en cascade

Le jugement de première instance, rendu en septembre 2021, a condamné Nicolas Sarkozy à un an de prison dont six mois ferme aménageables, ainsi que plusieurs cadres de l'UMP de l'époque. La Cour d'appel de Paris a confirmé la condamnation en février 2024, en réduisant légèrement la peine. Un pourvoi en cassation est en cours.

Important : Bygmalion est un dossier distinct du dossier libyen (financement présumé par Kadhafi de la campagne 2007) et du dossier des écoutes (déjà condamné définitivement à 1 an ferme en 2024). Sarkozy cumule désormais trois affaires pénales actives — un total que peu de candidats à la présidentielle peuvent revendiquer.

Et l'UMP / Les Républicains dans tout ça ?

Le parti, devenu Les Républicains, a longtemps remboursé seul une partie du préjudice à l'État. Plusieurs ex-cadres (Jérôme Lavrilleux, Guillaume Lambert, etc.) ont été condamnés à des peines de prison avec sursis. Jean-François Copé, alors président de l'UMP, n'a pas été condamné mais a dû démissionner en 2014 sous la pression de l'affaire.

😏 Côté cynique
En politique française, le dépassement de plafond de campagne est un genre littéraire à part entière : il existe en France une longue tradition de candidats vainqueurs dont les comptes sont, disons, optimisés. Sarkozy a juste eu le malheur d'être le premier à devoir réellement aller en prison pour ça.

L'aménagement de peine (bracelet électronique) a effectivement été appliqué pour l'affaire des écoutes. Pour Bygmalion, on attend le verdict de la cassation. Nicolas Sarkozy maintient publiquement n'avoir « pas eu connaissance » du système de fausses factures pendant la campagne. Les juges, eux, ont estimé qu'un candidat qui dépasse son budget par 90 % peut difficilement plaider la surprise.