L'Espagne politique adore les drames familiaux à haute intensité institutionnelle. Après les ministres, les anciens ministres, les frères, les intermédiaires, les commissions et les dossiers de marchés publics, voici Begoña Gómez, épouse du Premier ministre Pedro Sánchez, formellement inculpée pour des soupçons de trafic d'influence et de corruption.

Le 14 avril 2026, plusieurs médias internationaux, dont Le Monde, The Guardian et Euronews, ont rapporté qu'un juge madrilène avait formellement inculpé Begoña Gómez pour quatre chefs, dont trafic d'influence, corruption dans les affaires, détournement de moyens publics et appropriation indue. Le procès n'est pas encore daté.

Comment l'affaire a commencé

L'affaire a commencé en avril 2024 lorsqu'un tribunal de Madrid a ouvert une enquête préliminaire à la suite d'une plainte déposée notamment par Manos Limpias, une organisation classée à l'extrême droite par plusieurs médias. Reuters avait alors indiqué que la plainte visait des soupçons de trafic d'influence et de corruption d'affaires liés à des activités universitaires et caritatives.

😏 Côté cynique
En Espagne, une plainte peut devenir un feuilleton national si elle contient trois ingrédients : un juge obstiné, une épouse de Premier ministre et assez de rancœur politique pour alimenter une centrale électrique.
Begoña Gómez Fernández
Photo : Wikimedia Commons — Begoña Gómez Fernández, épouse de Pedro Sánchez. Son CV professionnel inclut désormais une rubrique « procédures judiciaires » qui n'était pas au programme initial.

L'Université Complutense au cœur du dossier

Le cœur du dossier concerne les activités de Begoña Gómez liées à l'Université Complutense de Madrid, où elle codirigeait une chaire et un programme de master. Selon les accusations rapportées par plusieurs médias, elle aurait utilisé son statut d'épouse du Premier ministre pour obtenir des financements ou des soutiens privés en faveur de ce programme universitaire — créant ainsi une zone grise entre fonction publique, vie privée et obligations académiques.

S'ajoute un volet plus directement institutionnel : la possibilité que Cristina Álvarez, une assistante du palais de la Moncloa rémunérée sur fonds publics, ait été utilisée pour des tâches privées liées aux activités de Begoña Gómez. Si ce point est établi, c'est précisément la définition juridique du détournement de moyens publics.

Le contexte politique : un PM affaibli

L'affaire arrive dans un contexte politique tendu pour Pedro Sánchez. Son gouvernement minoritaire affronte depuis des mois des affaires touchant son entourage : son frère David Sánchez, son ancien ministre des Transports José Luis Ábalos, le secrétaire à l'organisation Santos Cerdán — autant de dossiers que Magouilles & Compagnie couvre par ailleurs. L'inculpation de son épouse ajoute une dimension intime à un cycle d'affaires institutionnelles qui s'étire.

Reuters avait rapporté en 2025 que le procureur lui-même avait demandé la clôture de l'enquête, estimant les éléments insuffisants. Le juge d'instruction Juan Carlos Peinado a maintenu la procédure malgré cet avis, ce qui souligne une particularité de la justice espagnole : le juge d'instruction peut maintenir une procédure même contre l'avis du parquet. Pour les défenseurs de Gómez, c'est un acharnement judiciaire ; pour ses accusateurs, c'est l'indépendance judiciaire en action.

😏 Côté cynique
Quand le procureur veut classer et que le juge refuse, on entre dans une zone juridique où la procédure cesse d'être un outil et devient un acte politique en soi.

Ce qu'il faut retenir

Begoña Gómez nie l'ensemble des accusations. Son avocat a indiqué qu'elle ferait appel et que les éléments matériels du dossier étaient minces. L'inculpation n'est pas une condamnation — c'est une étape procédurale. Mais l'image, elle, est déjà installée : le couple Sánchez/Gómez navigue désormais avec un dossier judiciaire à bord, dans une période où chaque vague politique compte.

Pour les institutions espagnoles, l'enjeu est plus large : maintenir une distance crédible entre les fonctions politiques et la vie privée de leurs titulaires. C'est précisément ce que cette affaire vient interroger. La présomption d'innocence reste pleine, mais la frontière entre influence personnelle et privilège institutionnel est désormais sous projecteur judiciaire.