En janvier 2023, un petit fonds activiste américain, Hindenburg Research, publie un rapport de 100 pages accusant le conglomérat indien Adani de manipulation boursière, de fraude comptable et de paradis fiscaux. En quelques semaines, le 3ᵉ homme le plus riche du monde voit son groupe perdre 100 milliards de dollars de capitalisation. Et Hindenburg Research, lui, gagne de l'argent — beaucoup.

Le 24 janvier 2023, le fonds new-yorkais Hindenburg Research publie un rapport intitulé « Adani Group: How the World's 3rd Richest Man Is Pulling the Largest Con in Corporate History ». Le document accuse le conglomérat indien Adani Group, dirigé par Gautam Adani, de manipulation boursière, fraude comptable et utilisation de paradis fiscaux pour gonfler artificiellement le cours de ses actions.

Hindenburg Research est ce qu'on appelle un short-seller : il parie sur la chute du cours en publiant son enquête. C'est légal aux États-Unis, c'est leur business model. Mais c'est aussi ce qui rend leurs rapports particulièrement scrutés — eux gagnent si l'accusé tombe.

L'effet est immédiat : en deux semaines, les actions des sept entreprises cotées du groupe Adani perdent jusqu'à 50 %. La fortune personnelle de Gautam Adani passe de 120 milliards à 60 milliards de dollars. Selon Reuters et le Financial Times, c'est la plus grosse destruction de valeur boursière en si peu de temps depuis Enron.

😏 Côté cynique
Hindenburg Research publie 100 pages contre Adani. Adani répond par un communiqué de 413 pages. C'est probablement le seul cas en finance où la défense est plus longue à lire que l'accusation.
Gautam Adani
Photo : Wikimedia Commons — Gautam Adani, fondateur du conglomérat éponyme. Empire dans l'énergie, les ports, l'aviation. Et désormais, dans les pages des régulateurs.

La réponse indienne

Adani Group conteste l'intégralité du rapport et accuse Hindenburg d'« attaque calculée contre l'Inde elle-même ». Le régulateur boursier indien, la SEBI (Securities and Exchange Board of India), ouvre une enquête. La Cour suprême indienne ordonne en 2023 la création d'un comité d'experts pour examiner les accusations. Les conclusions, publiées en 2024, sont prudentes : pas de preuve définitive de manipulation, mais des « zones d'ombre » sur certains schémas de propriété.

Politiquement, l'affaire éclate dans un contexte sensible. Adani est connu pour ses proximités avec le Premier ministre Narendra Modi, et l'opposition indienne y voit un sujet politique. Modi rejette l'accusation et défend Adani. La capitalisation du groupe s'est partiellement reconstituée en 2024, mais reste sous surveillance.

L'inculpation américaine de novembre 2024

Coup de tonnerre supplémentaire : en novembre 2024, le département de la Justice américain inculpe Gautam Adani et plusieurs cadres pour présumée fraude liée à un schéma de pots-de-vin de plus de 250 millions de dollars versés à des fonctionnaires indiens pour obtenir des contrats d'énergie solaire. Les actions Adani replongent. L'Inde refuse pour l'instant l'extradition. L'affaire prend une dimension diplomatique.

😏 Côté cynique
Le timing parfait du capitalisme : un fonds américain accuse en janvier 2023, le DOJ américain inculpe en novembre 2024. Coïncidence ou industrie ? À chacun son interprétation.